Vous ! fils de Han, dont la sagesse atteint dix mille années et dix mille dix milliers d’années, gardez-vous de cette méprise.

Rien d’immobile n’échappe aux dents affamées des âges. La durée n’est point le sort du solide. L’immuable n’habite pas vos murs, mais en vous, hommes lents, hommes continuels.

Si le temps ne s’attaque à l’oeuvre, c’est l’ouvrier qu’il mord. Qu’on le rassasie : ces troncs pleins de sève, ces couleurs vivantes, ces ors que la pluie lave et le soleil éteint.

Fondez sur le sable. Mouillez copieusement votre argile. Montez les bois pour le sacrifice ; bientôt le sable cédera , l’argile gonflera, le double toit criblera le sol de ses écailles :

Toute l’offrande est agréée!

Victor Segalen, Stèles, Poésie/Gallimard, Préface de Pierre-Jean Rémy, 2015, pp.43/44.

 

 

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