
La moisson ou l’allégorie de l’homme brisé et de sa renaissance
Comment rappeler la vie là où il n’y a rien ? Comment raviver les pierres sèches ? Le sable ? La poussière ? Le Néguev le sait, qui fait parler le sol ingrat, le libérant de la mémoire enfouie des orangers. Le désert sait. Le soleil sait. De même que savent les Pères du désert du Wadi Natrun ou de Scété. Ainsi l’ermite Pacôme né à Esneh en Haute-Égypte, qui sept ans durant fit l’apprentissage de l’ascèse — eau, pain, sel et trop peu de sommeil — apprentissage âpre de l’isolement avant la réunion des solitaires dans les sables de Tabennesi. Les pèlerins se voulaient anonymes, invisibles comme « un homme qui n’existe pas ». Leur secret dit-on, est aussi dur que la coque de noix que rien ne brise dans les contes, sinon au moment où survient le danger le plus grave. Or un jour, la coquille se fend. Car l’homme, pareil à un cerneau de noix, se révèle par éclats. C’est une histoire d’expérience de la perte, d’élévation, d’homme brisé avant sa renaissance. C’est l’histoire de tout marcheur qui se met en chemin dans un désert, et cherche une source. C’est un récit au cœur des ruines, à l’instant où toute chose reprend vie.
Au milieu de ces vestiges abandonnés, éphémères, fragiles, bruissants d’insectes, de pierres et de questions, il ne reste pour finir plus qu’elles, les questions, qui murmurent à l’oreille du promeneur : viens avec moi dans les ruines de Ficaghjola, là-bas tu verras, il y a tout ce qui nous manque.
C’est ce qui t’a fait plier donnera la moisson.
N’oublie pas la récolte.
C’est ce qui t’a fait tomber qui te relèvera.
Sylvie-E. Saliceti, Il a neigé à travers les toits & autres écrits insulaires, A Fior Di Carta, 2019, pp.63/64.