Barrettali

Chers lecteurs,

Joie de constater que vous êtes de plus en plus nombreux et que ce site prend la forme d’un rendez-vous où me voilà – pour des raisons diverses – souvent moins ponctuelle que vous ! Mais les choses changent ; aussi, après une pause estivale jusqu’en septembre, continuant d’approfondir le travail sur la voix, je me tiendrai à un rythme précis de publication, probablement une chronique tous les deux jours, avec davantage de place pour le texte seul, sans mise en musique – en somme, la voix la plus nue.

Par ailleurs, plusieurs livres sont programmés pour la publication.

Enfin, dès octobre, nous inaugurons à Marseille, et dans l’esprit de ce site qui n’a pour vocation que de servir la littérature et la poésie, un cycle de conférences et/ ou de concerts privés.

Merci pour vos messages auxquels je ne réponds pas toujours, mais qui me touchent.

Prenez soin de vous,

Sylvie-E. Saliceti

Julio Cortázar | Cronopes et Fameux

 

 

Le chant des Cronopes

Lorsque les Cronopes chantent leurs chansons préférées, ils le font avec tant d’enthousiasme qu’ils se laissent fréquemment renverser par des camions et cyclistes, tombent par la fenêtre, perdent ce qu’ils ont en poche et jusqu’au compte des jours. Lorsqu’un Cronope chante, les Espérances et les Fameux accourent l’écouter, bien qu’ils ne comprennent guère une joie aussi extrême et sont en général un peu scandalisés. Au milieu du chœur, le Cronope lève ses petits bras comme s’il soutenait le soleil, comme si le ciel était un plateau et le soleil la tête de saint Jean-Baptiste, de sorte que la chanson du Cronope c’est Salomé nue dansant pour les Fameux et pour les Espérances qui restent là bouche bée à se demander si M. le curé et si les convenances. Mais comme au fond ils sont bons (les Fameux vraiment bons et les Espérances bêtes), ils finissent par applaudir très fort le Cronope qui s’éveille en sursaut, regarde autour de lui et se met à applaudir lui aussi, le pauvre.

Julio Cortázar, Cronopes et Fameux, Traduction de l’espagnol (Argentine) par Laure Guille-Bataillon, Éditions Gallimard, 2014.

Emily Dickinson | I shall not live in vain


 

 

If I can stop one Heart from breaking
I shall not live in vain
If I can ease one Life the Aching
Or cool one Pain
Or help one fainting Robin
Unto his Next again
I shall not live in vain.

Si je peux empêcher un seul Cœur de se briser
Je ne vivrai pas en vain
Si je peux adoucir la Douleur d’une Vie
Ou atténuer une souffrance
Ou aider une Grive affaiblie
À retrouver son Nid
Je ne vivrai pas en vain.

Emily Dickinson, Poésies complètes, Édition bilingue,  Traduction et présentation par Françoise Delphy, Flammarion, 2014, 867/869, N°982.

 

 

 

Antonia Pozzi | Et toi ne dis pas…

 

Et toi ne dis pas
que je perds le sens et le temps
de ma vie –
si je cherche dans le sable
le soleil et les pleurs
des mondes –
si je jette dans les choses mon âme
la plus grande –
et crois à d’immenses magies.

E tu non dire
ch’io perdo il senso e il tempo
della mia vita –
se cerco nella sabbia
il sole e il pianto
dei mondi –
se getto nelle cose la mia anima
più grande –
e credo ad immense magie.

 

Antonia Pozzi (1912–1938), Poesia che mi guardi (Luca Sossella, 2010) – Traduit de l’italien par Silvia Guzzi, découvert ici.

Joël Vernet | La nuit n’éteint jamais nos songes ( extraits)

 

 

Pour écrire, nul besoin de s’appuyer sur la douleur. La douleur ne suffit pas. Seule la joie fait chavirer le cœur. Tu voudrais écrire à voix si basse cette joie que l’on t’entendrait à l’autre bout du monde. Mais tu n’écris presque plus, écoutant le silence, traversant les nuits une torche à la main.

Le vent fait jouer ses flûtes devant mes fenêtres. À d’autres instants, il hurle comme un loup affamé dans la forêt. le vent cherche sa proie quand nous cherchons la paix. Cette musique m’aide largement à glisser d’un jour à l’autre. le silence est ici l’unique chef d’orchestre. Les mots sont mon instrument. longtemps, je n’ai pas eu les mots. J’ai appris à parler avec les yeux, à tâtonner dans les ténèbres. Le plus noir se transformant en une lampe. En de rares occasions, l’on m’a pris par la main, me désignant un chemin, quelques sentes. Mais j’ai traversé les brumes, comme tout un chacun, ni plus ni moins. Je ne tire aucune gloire de cette solitude : elle fut ma bienfaitrice. Le manque m’a sauvé, ainsi que l’absence, ne cessant de me rendre visite. Tirée dans les ténèbres, la mort de mon père m’a éclairé jusqu’à ce jour d’où je vous écris une lettre tremblante. Les livres sont des lettres qui partent ou ne partent pas. Que l’on froisse ou déchire. Les lettres que j’ai lâchées dans l’azur furent appelées des livres, mais j’aimerais qu’elles soient plus que des livres : des appels, des cris, des chants d’amour. Si on retire l’amour de notre alphabet, il est inutile d’ouvrir la bouche. Les yeux de mon père m’ont dit cela avant de s’éteindre.

J’ai appris à lire , à écrire dans toutes choses qui ne s’enseignent pas, que le Réel nous offre en cadeau, sans besoin de réclamer quoi que ce soit. C’est une étrange école. Il n’y a pas là de maîtres, non plus d’élèves soucieux d’être à l’affût, très sages derrière leur pupitre vide. (…) Je parlais, écrivais en trébuchant. Je ne sais pas vraiment écrire : je balbutie.

Joël Vernet, La nuit n’éteint jamais nos songes, Collection «Entre 4 yeux», Éditions Lettres Vives, 2021, p.8 / pp.11&12/p.18.

 

Le vent fait jouer ses flûtes devant mes fenêtres. J.V.

Ludwig Van Beethoven
Sérénade pour Flûte et Piano; Op.41-III, Allegro molto
Flûte : Juliette Hurel
Piano : Hélène Couvert

Ce 7 juillet 2021 | Disparition d’Angélique Ionatos

Angélique Ionatos est morte ce 7 juillet 2021. La communauté des solitaires que forment les poètes est en deuil de «l’immense artiste, l’incroyable chanteuse, guitariste, musicienne, compositrice, la femme libre, lumineuse, drôle et grave».

Née à Athènes en 1954, elle a quinze ans lorsque sa famille fuit la dictature des Colonels alors au pouvoir en Grèce, pour s’établir en Belgique, puis en France. Guitariste, compositrice, et interprète hors pair, elle est aussi poète et traductrice. Du point de vue discographique et scénique, sa carrière s’étend sur quarante années, et une vingtaine d’opus, depuis l’album Résurrection, paru en 1972, enregistré avec son frère Photis – disque désigné Grand Prix du disque par l’Académie Charles-Cros – jusqu’à la splendeur du dernier disque de 2015 au titre emblématique, déjà, de la trace laissée par l’œuvre : «Et reste la lumière ».

J’ai le privilège de l’avoir connue, trop peu, suffisamment toutefois pour témoigner de son engagement total au service de la poésie, puis de la langue grecque. Nos quelques échanges furent assez marquants pour éprouver aujourd’hui une grande tristesse devant la disparition d’une femme, une poète, une artiste d’autant plus exceptionnelle qu’elle était authentiquement humble. Lors de notre premier entretien, il y a plus de dix ans, elle m’avait transmis force, confiance et affermissement du désir d’écrire au moment où je commençais mon chemin d’écriture.

J’écris ce mot la gorge nouée, en pensant que toute sa vie tenait là, par ce chant, ce souffle à travers le corps, jusqu’à la libération d’une parole que l’on croyait perdue, avant qu’elle ne la restitue au sens le plus littéral,  notamment sous la forme chantée de poésies vieilles de 2500 ans. Elle était puissante, pudique, libre ; d’une délicatesse infinie, je l’entends encore fredonner «Quel joli temps pour se dire au revoir».

La lointaine cousine d’Odysseus Elytis et de Sappho de Mytilène n’est plus, et c’est comme un exil au cœur de la lumière. Qui désormais prendra le printemps afin de l’ouvrir avec précaution ?

Sylvie-E. Saliceti

Quel joli temps
Auteur : Barbara
Interprète : Angélique Ionatos

La poésie n’est pas ce que l’on imagine | Photis et Angélique Ionatos

 

 

Où l’on parle de vie, de vie comme la pierre unique taillée dans la matière dense de la langue. «C’est la langue que nous parlons, c’est la langue qui nous sculpte», nous dit T. Vinau.

En écho de cette appréhension de la langue comme une architecture intime, voici encore ce chant allégorique qui aurait pu être celui d’Orphée. Magnifiques A. et P. Ionatos, qui hissent la poésie au rang d’initiation : «sauvez-la du renard, vous n’en avez pas d’autre».

Sylvie-E. Saliceti

 

Orpheus Franz Von Stuck 1891

Il était poète
E. Lemaire/Angélique Ionatos, 1975
Interprète : Angélique et Photis Ionatos
Album : Il faut que je te dise
 

 

 

 

 

Vesperland | Ten poems by Emily Dickinson

 

Vesperland est l’autre nom d’un projet artistique ambitieux, mené de main de maître par Mikael Cointepas qui met en musique, puis interprète quelques grands poètes de langue anglaise du XIXème siècle. Musicalement, on le situe entre folk et rock, ce qui n’empêche pas une véritable recherche, propre à créer une esthétique sonore hors du temps pour chaque auteur abordé ;  la voix et la guitare ainsi dessinent au fil des morceaux « un univers sonore pouvant évoquer la lumière des grands espaces, comme la noirceur urbaine». William Blake marque le début de l’aventure discographique de Vesperland, laquelle se poursuit avec ce dernier album titré « Ten poems by Emily Dickinson ».

Voici en somme le résultat d’une belle maturité, à même de servir d’exemplarité dans le domaine balbutiant de la cantopoésie. Pourrait-il en être autrement que cet éternel tâtonnement, quand la matière  cantopoétique – à chaque nouvelle mise en musique d’un poète – demande d’oublier ce que l’on sait  ou croit savoir de ce dernier ?

Sylvie-E. Saliceti

I know some lonely Houses off the Road
Auteur : E. Dickinson
Compositeur, interprète : Mikael Cointepas

 

 

I know some lonely Houses off the Road

I know some lonely Houses off the Road
A Robber’d like the look of—
Wooden barred,
And Windows hanging low,
Inviting to—
A Portico,
Where two could creep—
One—hand the Tools—
The other peep—
To make sure all’s asleep—
Old fashioned eyes—
Not easy to surprise!

How orderly the Kitchen’d look, by night,
With just a Clock—
But they could gag the Tick—
And Mice won’t bark—
And so the Walls—don’t tell—
None—will—

A pair of Spectacles ajar just stir—
An Almanac’s aware—
Was it the Mat—winked,
Or a Nervous Star?
The Moon—slides down the stair—
To see who’s there!

There’s plunder—where—
Tankard, or Spoon—
Earring—or Stone—
A Watch—Some Ancient Brooch
To match the Grandmama—
Staid sleeping—there—

Day—rattles—too
Stealth’s—slow—
The Sun has got as far
As the third Sycamore—
Screams Chanticleer
« Who’s there »?

And Echoes—Trains away,
Sneer— »Where »!
While the old Couple, just astir,
Fancy the Sunrise—left the door ajar!

Emily Dickinson

F 311 (1862) 289

Shigeharu Nakano (Japon 1902-1979) | Ne chante pas

 

 

 

 

 

 


                 Chante toujours ce qui est droit

 

 

Ne chante pas

Ne chante pas les fleurs rouges des prés ni les ailes des libellules
Ne chante pas le murmure du vent ni le parfum des cheveux de femme
Tout ce qui est frêle
Tout ce qui est inquiet
Tout ce qui est langoureux : refuse-le !
Toutes les grâces : rejette-les !
Chante toujours ce qui est droit
Ce qui remplit le ventre
Ce qui monte désespérément dans la gorge et cherche à s’exprimer
Un chant qui repart quand on veut l’étouffer
Un chant qui puise sa force au fond de l’humiliation
Et ce chant
Chante-le à plein gosier sur un rythme sévère
Et ce chant
Enfonce-le en chemin dans le cœur des gens !

Shigeharu Nakano traduit par Yves-Marie Allioux, in Anthologie de poésie japonaise contemporaine, Collectif, Préface de Takayuki Kiyooka, Makoto Ooka, Yasushi Inoué, Éditions Gallimard/ NRF, 1986, p.77.

 

 

Big in Japan
Ane Brun

 

 Et ce chant,
enfonce-le en chemin dans le cœur des gens

 

 

Crédits images : Sylvie-E. Saliceti

 

 

 

 

Jorge Luis Borges | Il n’y a d’autres paradis que les paradis perdus

 

 

 

J’ai perdu tant de choses que je serais incapable d’en faire le compte, et je sais que j’ai perdu le jaune et le noir, et je pense à ces couleurs impossibles comme n’y pensent guère ceux qui voient. Mon père est mort et il continue d’exister auprès de moi. Lorsqu’il m’arrive de scander quelques vers de Swinburne, je le fais me dit-on avec sa voix. Celui-là seul qui est mort est nôtre, seul est nôtre ce que nous avons perdu. Ilion fut, mais Ilion perdure dans l’hexamètre qui la pleure. Israël fut lorsqu’il était une antique nostalgie. Tout poème, avec le temps, devient une élégie. Nôtres sont les femmes qui nous ont laissés, étrangers enfin à l’attente, qui est angoisse, et aux alarmes et aux terreurs de l’espérance. Il n’y a d’autres paradis que les paradis perdus.

Jorge Luis Borges, Les conjurés précédé de Le chiffre, Traduction de Claude Esteban, Gallimard, 1988.

Si l’on gardait | Charles Vildrac (1882-1971) par Reggiani

 

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Henri Matisse La chevelure

 

Si l’on gardait, depuis des temps, des temps,
Si l’on gardait, souples et odorants,
Tous les cheveux des femmes qui sont mortes,
Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs,
Crinières de nuit, toisons de safran,
Et les cheveux couleur de feuilles mortes,
Si on les gardait depuis bien longtemps,
Noués bout à bout pour tisser les voiles
Qui vont à la mer,

Il y aurait tant et tant sur la mer,
Tant de cheveux roux, tant de cheveux clairs,
Et tant de cheveux de nuit sans étoiles,
Il y aurait tant de soyeuses voiles
Luisant au soleil, bombant sous le vent
Que les oiseaux gris qui vont sur la mer,
Que ces grands oiseaux sentiraient souvent
Se poser sur eux,
Les baisers partis de tous ces cheveux,
Baisers qu’on sema sur tous ces cheveux,
Et puis en allés parmi le grand vent…

Si l’on gardait, depuis des temps, des temps,
Si l’on gardait, souples et odorants,
Tous les cheveux des femmes qui sont mortes,
Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs,
Crinières de nuit, toisons de safran,
Et les cheveux couleur de feuilles mortes,

Si l’on gardait depuis bien longtemps,
Noués bout à bout pour tordre des cordes,
Afin d’attacher
A de gros anneaux tous les prisonniers
Et qu’on leur permît de se promener
Au bout de leur corde,

Les liens de cheveux seraient longs, si longs,
Qu’en les déroulant du seuil des prisons,
Tous les prisonniers, tous les prisonniers
Pourraient s’en aller
Jusqu’à leur maison…

Charles Vildrac , Livre d’amour, Paris, Seghers, 1959/2005.

 

Charles Vildrac portrait par J. Bournet
Portrait de Charles Vildrac par J. Bournet

Auteur : Charles Vildrac
Compositeur : Louis Bessière
Interprète : Serge Reggiani

Laura Riding | Le pourquoi du vent

 

 

Le pourquoi du vent

Nous devons mieux apprendre
ce que nous sommes et ne sommes pas.
Nous ne sommes pas le vent.
Nous ne sommes pas chacune de ces humeurs vagabondes
Qui poussent nos pensées à de vertigineux déracinements.
Nous devons mieux comprendre
ce qui nous sépare des inconnus.
Il y a beaucoup de choses que nous ne sommes pas.
Beaucoup qui n’existent pas.
Beaucoup que nous ne devons pas être.

Laura Riding, in Paul Auster, L’art de la faim, suivi de Conversations avec Paul Auster, Traduit de l’américain par Christine Le Boeuf, Éditions Actes Sud, 1992.

 

Mercedes Sosa et Joan Baez chantent Violeta Parra | Gracias a La Vida

 

 

Violeta Parra par Madalena Lobao-Tello
Violeta Parra par Madalena Lobao-Tello

Auteur, compositeur : Violeta Parra
Interprètes : Mercedes Sosa et Joan Baez

 

Gracias a La Vida

Gracias a la vida que me ha dado tanto
Me dio dos luceros, que cuando los abro
Perfecto distingo lo negro del blanco
Y en el alto cielo su fondo estrellado
Y en las multitudes el hombre que yo amo

Gracias a la vida que me ha dado tanto
Me ha dado el oído que en todo su ancho
Graba noche y día, grillos y canarios
Martillos, turbinas, ladridos, chubascos
Y la voz tan tierna de mi bien amado

Gracias a la vida que me ha dado tanto
Me ha dado el sonido y el abecedario
Con el las palabras que pienso y declaro
Madre, amigo, hermano, y luz alumbrando
La ruta del alma del que estoy amando

Gracias a la vida que me ha dado tanto
Me ha dado la marcha de mis pies cansados
Con ellos anduve ciudades y charcos
Playas y desiertos, montanas y llanos
Y la casa tuya, tu calle y tu patio

Gracias a la vida que me ha dado tanto
Me dio el corazón que agita su marco
Cuando miro el fruto del cerebro humano
Cuando miro al bueno tan lejos del malo
Cuando miro al fondo de tus ojos claros

Gracias a la vida que me ha dado tanto
Me ha dado la risa y me ha dado el llanto
Así yo distingo dicha de quebranto
Los dos materiales que forman mi canto
Y el canto de ustedes que es mi mismo canto
Y el canto de todos que es mi propio canto
Gracias a la vida que me ha dado tanto

 

 

 

Merci à la vie qui m’a tellement donné
Elle m’a donné deux étoiles brillantes, et quand je les ouvre
Je distingue parfaitement le noir du blanc et dans le haut ciel son fond étoilé
Et dans la foule l’homme que j’aime.

Merci à la vie qui m’a tellement donné
Elle m’a donné le son et l’alphabet
Avec lui les paroles que je pense et que je déclare
Mère, ami, frère et lumière éclairant
Le chemin de l’âme de celui que j’aime.

Merci à la vie qui m’a tellement donné
Elle m’a donné la marche de mes pieds fatigués
Avec eux j’ai marché dans les villes et les flaques d’eau,
Les plages et les déserts, les montagnes et les plaines
Et ta maison, ta rue, et ta cour.

Merci à la vie qui m’a tant donné
Elle m’a donné mon cœur qui agite son cadre
Quand je regarde le fruit du cerveau humain
Quand je regarde le bien si éloigné du mal,
Quand je regarde au fond de tes yeux si clairs.

Merci à la vie qui m’a tellement donné
Elle m’a donné le rire et elle m’a donné les pleurs
Ainsi je distingue le bonheur du malheur
Les deux matériaux qui constituent mon chant
Et votre chant qui est le même chant

Et le chant de tous, qui est mon propre chant.

 

Violeta Parra, traduction française Mercedes Sosa

Poésie, littérature, cantologie.