Il y a (regarder les choses) | Laurent Albarracin & Gaëtan Roussel

 

 

Alors les choses ont un destin. Celui d’être ce qu’elles sont mais qui ne leur est pas donné, qu’elles ont à se prendre, à s’arracher à la gangue d’elles-mêmes. Ce destin est le leur propre, différent selon chacune, mais qui a toujours à voir avec la chose figurée dans la chose. Car la figure est le propre de la chose. l’auto-figuration est le principe générique des choses. Ainsi toute chose s’illumine de soi. 

 

IL Y A

 

Il y a une feuille libre
qui n’est attachée à rien
et qui est la feuille de cela qu’elle
n’est attachée à rien et pourtant bien
la feuille de cet arbre-là

(…)

Il y a un soleil qui brille pour chacun
et un soleil qui brille pour tous
ce n’est pas le même
et il n’est pas différent

(…)

Il y a un silence
où résonne l’écoute attentive
et l’envie de tout entendre

(…)

Il y a un il y a
qui ouvre le conte
des inventaires

(…)

Il y a l’œil
le plus partagé des trésors
le plus intouchable aussi

Laurent Albarracin, Le grand chosier, Editions Le Corridor Bleu, 2015, pp.63 à 67.

 

 

Nature morte L’Effort Moderne
Le Corbusier (Charles-Edouard Jeanneret, dit)
(1887, Suisse – 1965, France)
1922
Centre Pompidou

 

Il y a
Auteur, compositeur : Gaëtan Roussel
Interprètes : Fréro Delavega

 

 

Jean Sénac | Jette à la mer tes sandales

 

Né en 1926, à Beni Saf (Algérie), assassiné dans la nuit du 29 au 30 août 1973, à Alger, dans sa cave de la rue Elisée-Reclus, Jean Sénac a laissé une œuvre dont les conditions de publication n’ont pas permis jusqu’à présent d’apprécier toute l’importance. En rassemblant les textes poétiques de Jean Sénac à ce jour publiés, le présent ouvrage voudrait enfin proposer un véritable accès à une œuvre de première force dont il importe de saluer la nécessité et les éblouissements.

Jette à la mer tes sandales de mort !

Un poisson pétille,
Un oursin violet
Sur le sable pille
Toute la clarté.
Regarde, au fond brille
L’algue, le fer et
La vie – e !

Tu jettes dans la mer tes sandales de mort.
Tu sautes, âme folle,
Tu es heureuse,
Tu n’as pas de contrôle,
Tu…
Oui, tu es belle

Comme la Longue Marche !
Comme la victoire du Viêt-nam !
Comme une peinture de Khadda,

Un relief de Martinez,
« L’Arabie Heureuse » de Baya,
Toutes les couleurs de Zérarti.

Comme une aquarelle d’Aksouh,

Un paysage de Maisonseul,

Le Noûn de Benanteur et l’Alif d’un hibou.

Jean Sénac, Oeuvres poétiques, Préface de René Ceccatty, Postface de Hamid Nacer-Khodja, Bibliographie revue et augmentée, Actes Sud, 2019, pp. 423-424.

Charles-Ferdinand Ramuz | Le silence de la haute montagne

 

Le silence de la haute montagne, le silence de ces déserts d’hommes, (…) comme une main qui se referme autour du cœur.

Heureusement que le feu recommence à pétiller ou c’est une goutte d’eau qui tombe, ou c’est un peu de vent qui traîne sur le toit. Et le moindre petit bruit est comme un immense bruit. La goutte tombe en retentissant. La branche mordue par la flamme claque comme un coup de fusil ; le frottement du vent remplit à lui seul la capacité de l’espace. Toute espèce de petits bruits qui sont grands, et ils reviennent ; on redevient vivant soi-même parce qu’eux-mêmes sont vivants.

Charles-Ferdinand Ramuz, Derborence, Collection Les Cahiers Rouges, Éditions Grasset, 2003 ; pp. 16/17/18.

Julio Cortázar | L’Homme à l’affût

 

L’homme à l’affût rend hommage à Charlie Parker. Cortázar joue d’une écriture aussi aérienne que celle d’un oiseau, d’un alto aux prises avec Ornithology. Quel que soit le répertoire, Bird dans l’exercice de son jeu, aimait à répéter cette phrase énigmatique : « ça, je suis en train de le jouer demain » !

Sylvie-E. Saliceti

 (…) le renoncement à la satisfaction immédiate avait amené Johnny à élaborer un nouveau langage qu’il poussait aujourd’hui, avec d’autres musiciens, jusque dans ses derniers retranchements. C’est un jazz qui rejette tout érotisme facile, tout wagnérisme si je puis dire, et qui se situe sur un plan désincarné où la musique se meut enfin en toute liberté comme la peinture délivrée du représentatif peut enfin n’être que peinture. Mais une fois maître de cette musique qui ne facilite ni l’orgasme ni la nostalgie, cette musique que j’aimerais pouvoir appeler métaphysique, Johnny semble vouloir l’utiliser pour s’explorer lui-même, pour mordre à la réalité qui lui échappe un peu plus chaque jour. C’est en cela que réside le haut paradoxe de son style, son agressive efficacité. Incapable de se satisfaire, il est un éperon perpétuel, une construction infinie qui ne trouve pas son plaisir dans l’achèvement mais dans l’exploration sans cesse reprise, l’emploi de facultés qui dédaignent ce qui est immédiatement humain sans rien perdre de leur humanité. Et quand Johnny se perd, comme ce soir, dans la création infiniment recommencée de sa musique, je sais très bien qu’il n’échappe à rien.

(…)

 

Miles, à un moment, s’est mis à jouer quelque chose de tellement beau que j’ai failli tomber à la renverse et alors j’ai démarré, les yeux fermés, je volais. Je te jure, Bruno, que je volais. Je m’entendais comme si quelqu’un d’autre était debout près de moi, en moi-même, mais infiniment loin… Pas exactement quelqu’un d’autre… Vise la bouteille comme elle tangue, c’est pas croyable… Ce n’était pas quelqu’un d’autre, je cherche une comparaison… C’était la certitude, la rencontre, comme dans certains rêves, tu vois ce que je veux dire ? Quand il n’y a plus de problèmes, que Lan ou les autres filles t’attendent avec un poulet rôti, que tu n’attrapes aucun feu rouge en voiture, que tout roule doux comme une boule de billard. Ce qui était à côté de moi c’était comme moi-même, mais ça ne tenait pas de place, ça n’était pas à New York et surtout pas dans le temps, surtout pas obligé, après… il n’y avait pas d’après…

Julio Cortázar, L’Homme à l’affût, Éditions Gallimard, Format N., 2020, pp.43/44/45 & p.86.

 

Ornithology
Charlie Parker & Miles Davis

 

Jean Sénac | Diwân du môle

 

 

Mots, je vous respecte !
Compagnons de la Merci !
Poussière dans la mousson, jamais détruite ,
jusqu’au jour où la demeure brille !
J’avais si peur de vous perdre !
(…)
J’ai pleuré, j’ai vu le soir, j’ai dit :
Terre, ne laissez pas mes grandes phrases seules …

Jean Sénac, Oeuvres poétiques, Préface de René Ceccatty, Postface de Hamid Nacer-Khodja, Bibliographie revue et augmentée, Actes Sud, 2019, p.225.

Erri De Luca | Les résistants

 

Les résistants

Ceux qui n’ont pas voulu tomber, persistant là-haut,
le plus longtemps possible, immobiles à leur place,
nos tout derniers, en ordre dispersé,
résistant aux hivers, aux tempêtes, aux vents,
aux matraques des policiers, solides comme les idées
qui ont leurs racines juste au-dessous d’eux,
fauchés aussi dans la vieillesse et pourtant prêts
à se relever en un dernier mouvement de troupe,
les indomptables, les intrépides, oui, eux,
et c’est bien d’eux que je parle : des cheveux.

Erri De Luca, Aller simple suivi de L’hôte impénitent, Traduction de l’italien par Danièle Valin, Édition bilingue, Éditions Gallimard, 2021, pp. 275/276.

Chers lecteurs,

Joie de constater que vous êtes de plus en plus nombreux et que ce site prend la forme d’un rendez-vous où me voilà – pour des raisons diverses – souvent moins ponctuelle que vous ! Mais les choses changent ; aussi, après une pause estivale jusqu’en septembre, continuant d’approfondir le travail sur la voix, je me tiendrai à un rythme précis de publication, probablement une chronique tous les trois jours, avec davantage de place pour le texte seul, sans mise en musique – en somme, la voix la plus nue.

Par ailleurs, plusieurs livres sont programmés pour la publication.

Enfin, dès octobre, nous inaugurons à Marseille, et dans l’esprit de ce site qui n’a pour vocation que de servir la littérature et la poésie, un cycle de conférences et/ ou de concerts privés.

Merci pour vos messages auxquels je ne réponds pas toujours, mais qui me touchent.

Prenez soin de vous,

Sylvie-E. Saliceti

Julio Cortázar | Cronopes et Fameux

 

 

Le chant des Cronopes

Lorsque les Cronopes chantent leurs chansons préférées, ils le font avec tant d’enthousiasme qu’ils se laissent fréquemment renverser par des camions et cyclistes, tombent par la fenêtre, perdent ce qu’ils ont en poche et jusqu’au compte des jours. Lorsqu’un Cronope chante, les Espérances et les Fameux accourent l’écouter, bien qu’ils ne comprennent guère une joie aussi extrême et sont en général un peu scandalisés. Au milieu du chœur, le Cronope lève ses petits bras comme s’il soutenait le soleil, comme si le ciel était un plateau et le soleil la tête de saint Jean-Baptiste, de sorte que la chanson du Cronope c’est Salomé nue dansant pour les Fameux et pour les Espérances qui restent là bouche bée à se demander si M. le curé et si les convenances. Mais comme au fond ils sont bons (les Fameux vraiment bons et les Espérances bêtes), ils finissent par applaudir très fort le Cronope qui s’éveille en sursaut, regarde autour de lui et se met à applaudir lui aussi, le pauvre.

Julio Cortázar, Cronopes et Fameux, Traduction de l’espagnol (Argentine) par Laure Guille-Bataillon, Éditions Gallimard, 2014.

Emily Dickinson | I shall not live in vain


 

 

If I can stop one Heart from breaking
I shall not live in vain
If I can ease one Life the Aching
Or cool one Pain
Or help one fainting Robin
Unto his Next again
I shall not live in vain.

Si je peux empêcher un seul Cœur de se briser
Je ne vivrai pas en vain
Si je peux adoucir la Douleur d’une Vie
Ou atténuer une souffrance
Ou aider une Grive affaiblie
À retrouver son Nid
Je ne vivrai pas en vain.

Emily Dickinson, Poésies complètes, Édition bilingue,  Traduction et présentation par Françoise Delphy, Flammarion, 2014, 867/869, N°982.

 

 

 

Antonia Pozzi | Et toi ne dis pas…

 

Et toi ne dis pas
que je perds le sens et le temps
de ma vie –
si je cherche dans le sable
le soleil et les pleurs
des mondes –
si je jette dans les choses mon âme
la plus grande –
et crois à d’immenses magies.

E tu non dire
ch’io perdo il senso e il tempo
della mia vita –
se cerco nella sabbia
il sole e il pianto
dei mondi –
se getto nelle cose la mia anima
più grande –
e credo ad immense magie.

 

Antonia Pozzi (1912–1938), Poesia che mi guardi (Luca Sossella, 2010) – Traduit de l’italien par Silvia Guzzi, découvert ici.

Joël Vernet | La nuit n’éteint jamais nos songes ( extraits)

 

 

Pour écrire, nul besoin de s’appuyer sur la douleur. La douleur ne suffit pas. Seule la joie fait chavirer le cœur. Tu voudrais écrire à voix si basse cette joie que l’on t’entendrait à l’autre bout du monde. Mais tu n’écris presque plus, écoutant le silence, traversant les nuits une torche à la main.

Le vent fait jouer ses flûtes devant mes fenêtres. À d’autres instants, il hurle comme un loup affamé dans la forêt. le vent cherche sa proie quand nous cherchons la paix. Cette musique m’aide largement à glisser d’un jour à l’autre. le silence est ici l’unique chef d’orchestre. Les mots sont mon instrument. longtemps, je n’ai pas eu les mots. J’ai appris à parler avec les yeux, à tâtonner dans les ténèbres. Le plus noir se transformant en une lampe. En de rares occasions, l’on m’a pris par la main, me désignant un chemin, quelques sentes. Mais j’ai traversé les brumes, comme tout un chacun, ni plus ni moins. Je ne tire aucune gloire de cette solitude : elle fut ma bienfaitrice. Le manque m’a sauvé, ainsi que l’absence, ne cessant de me rendre visite. Tirée dans les ténèbres, la mort de mon père m’a éclairé jusqu’à ce jour d’où je vous écris une lettre tremblante. Les livres sont des lettres qui partent ou ne partent pas. Que l’on froisse ou déchire. Les lettres que j’ai lâchées dans l’azur furent appelées des livres, mais j’aimerais qu’elles soient plus que des livres : des appels, des cris, des chants d’amour. Si on retire l’amour de notre alphabet, il est inutile d’ouvrir la bouche. Les yeux de mon père m’ont dit cela avant de s’éteindre.

J’ai appris à lire , à écrire dans toutes choses qui ne s’enseignent pas, que le Réel nous offre en cadeau, sans besoin de réclamer quoi que ce soit. C’est une étrange école. Il n’y a pas là de maîtres, non plus d’élèves soucieux d’être à l’affût, très sages derrière leur pupitre vide. (…) Je parlais, écrivais en trébuchant. Je ne sais pas vraiment écrire : je balbutie.

Joël Vernet, La nuit n’éteint jamais nos songes, Collection «Entre 4 yeux», Éditions Lettres Vives, 2021, p.8 / pp.11&12/p.18.

 

Le vent fait jouer ses flûtes devant mes fenêtres. J.V.

Ludwig Van Beethoven
Sérénade pour Flûte et Piano; Op.41-III, Allegro molto
Flûte : Juliette Hurel
Piano : Hélène Couvert

Ce 7 juillet 2021 | Disparition d’Angélique Ionatos

Angélique Ionatos est morte ce 7 juillet 2021. La communauté des solitaires que forment les poètes est en deuil de «l’immense artiste, l’incroyable chanteuse, guitariste, musicienne, compositrice, la femme libre, lumineuse, drôle et grave».

Née à Athènes en 1954, elle a quinze ans lorsque sa famille fuit la dictature des Colonels alors au pouvoir en Grèce, pour s’établir en Belgique, puis en France. Guitariste, compositrice, et interprète hors pair, elle est aussi poète et traductrice. Du point de vue discographique et scénique, sa carrière s’étend sur quarante années, et une vingtaine d’opus, depuis l’album Résurrection, paru en 1972, enregistré avec son frère Photis – disque désigné Grand Prix du disque par l’Académie Charles-Cros – jusqu’à la splendeur du dernier disque de 2015 au titre emblématique, déjà, de la trace laissée par l’œuvre : «Et reste la lumière ».

J’ai le privilège de l’avoir connue, trop peu, suffisamment toutefois pour témoigner de son engagement total au service de la poésie, puis de la langue grecque. Nos quelques échanges furent assez marquants pour éprouver aujourd’hui une grande tristesse devant la disparition d’une femme, une poète, une artiste d’autant plus exceptionnelle qu’elle était authentiquement humble. Lors de notre premier entretien, il y a plus de dix ans, elle m’avait transmis force, confiance et affermissement du désir d’écrire au moment où je commençais mon chemin d’écriture.

J’écris ce mot la gorge nouée, en pensant que toute sa vie tenait là, par ce chant, ce souffle à travers le corps, jusqu’à la libération d’une parole que l’on croyait perdue, avant qu’elle ne la restitue au sens le plus littéral,  notamment sous la forme chantée de poésies vieilles de 2500 ans. Elle était puissante, pudique, libre ; d’une délicatesse infinie, je l’entends encore fredonner «Quel joli temps pour se dire au revoir».

La lointaine cousine d’Odysseus Elytis et de Sappho de Mytilène n’est plus, et c’est comme un exil au cœur de la lumière. Qui désormais prendra le printemps afin de l’ouvrir avec précaution ?

Sylvie-E. Saliceti

Quel joli temps
Auteur : Barbara
Interprète : Angélique Ionatos

La poésie n’est pas ce que l’on imagine | Photis et Angélique Ionatos

 

 

Où l’on parle de vie, de vie comme la pierre unique taillée dans la matière dense de la langue. «C’est la langue que nous parlons, c’est la langue qui nous sculpte», nous dit T. Vinau.

En écho de cette appréhension de la langue comme une architecture intime, voici encore ce chant allégorique qui aurait pu être celui d’Orphée. Magnifiques A. et P. Ionatos, qui hissent la poésie au rang d’initiation : «sauvez-la du renard, vous n’en avez pas d’autre».

Sylvie-E. Saliceti

 

Orpheus Franz Von Stuck 1891

Il était poète
E. Lemaire/Angélique Ionatos, 1975
Interprète : Angélique et Photis Ionatos
Album : Il faut que je te dise
 

 

 

 

 

Vesperland | Ten poems by Emily Dickinson

 

Vesperland est l’autre nom d’un projet artistique ambitieux, mené de main de maître par Mikael Cointepas qui met en musique, puis interprète quelques grands poètes de langue anglaise du XIXème siècle. Musicalement, on le situe entre folk et rock, ce qui n’empêche pas une véritable recherche, propre à créer une esthétique sonore hors du temps pour chaque auteur abordé ;  la voix et la guitare ainsi dessinent au fil des morceaux « un univers sonore pouvant évoquer la lumière des grands espaces, comme la noirceur urbaine». William Blake marque le début de l’aventure discographique de Vesperland, laquelle se poursuit avec ce dernier album titré « Ten poems by Emily Dickinson ».

Voici en somme le résultat d’une belle maturité, à même de servir d’exemplarité dans le domaine balbutiant de la cantopoésie. Pourrait-il en être autrement que cet éternel tâtonnement, quand la matière  cantopoétique – à chaque nouvelle mise en musique d’un poète – demande d’oublier ce que l’on sait  ou croit savoir de ce dernier ?

Sylvie-E. Saliceti

I know some lonely Houses off the Road
Auteur : E. Dickinson
Compositeur, interprète : Mikael Cointepas

 

 

I know some lonely Houses off the Road

I know some lonely Houses off the Road
A Robber’d like the look of—
Wooden barred,
And Windows hanging low,
Inviting to—
A Portico,
Where two could creep—
One—hand the Tools—
The other peep—
To make sure all’s asleep—
Old fashioned eyes—
Not easy to surprise!

How orderly the Kitchen’d look, by night,
With just a Clock—
But they could gag the Tick—
And Mice won’t bark—
And so the Walls—don’t tell—
None—will—

A pair of Spectacles ajar just stir—
An Almanac’s aware—
Was it the Mat—winked,
Or a Nervous Star?
The Moon—slides down the stair—
To see who’s there!

There’s plunder—where—
Tankard, or Spoon—
Earring—or Stone—
A Watch—Some Ancient Brooch
To match the Grandmama—
Staid sleeping—there—

Day—rattles—too
Stealth’s—slow—
The Sun has got as far
As the third Sycamore—
Screams Chanticleer
« Who’s there »?

And Echoes—Trains away,
Sneer— »Where »!
While the old Couple, just astir,
Fancy the Sunrise—left the door ajar!

Emily Dickinson

F 311 (1862) 289

Poésie, littérature, cantologie.