Patrick Laupin | La muraille

 

 

À V.,

Mais la beauté qui les vaut toutes
C’est celle qui nous fait naître
Et soudain à trente ans d’écart
La distance ne se suffit plus à elle-même
Je veux retrouver la vieille maison
La reconnaître et la visiter
Les vitres qui rougeoient sous les arbres du couchant
Le ruissellement des ormes et leur inépuisable lumière
Le balancier fragile des choses de la terre et de l’air
Les meurtrières et les palombes
L’équilibre en plein ciel de la meule à aiguiser
Son ombre désuète, lourde, magnifiée à terre
Les deux bras verticaux et transhumants du tombereau
Le sulfate bleu nuageux déteint sur son bois de noyer
La texture de la terre, le frénésie qui raccorde les fils
Le grand accord tacite entre l’enfant
Et le mur sauvage du non écrit
Je veux retrouver toutes ces choses perdues, égarées
Dans leur troublante maladie de volonté sans sommeil
Dans le silence parfait de leur empreinte éternelle
La vigne vierge et les roses qui fleurissent
Leur hélice, la nef mystique
La nostalgie pour soi
Le grand raccordement de l’involontaire et du vrai
Je veux écouter le vide qui demande à ma voix d’écrire
Et la page absente qui veille sans bruit maintenant

Patrick Laupin, L’homme imprononçable suivi de Phrase et le Mystère de la création en chacun, Éditions La rumeur libre, 2007, p.73.

 

 

 

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