Clara Magnani | Joie

 

Ce  31 octobre, jusqu’ au 2 novembre 2021
Pour C.
Bois Luzy

 

 

Dans ces endroits – c’était vrai pour tous les lieux où nous nous trouvions ensemble –, nous créions notre petit cosmos personnel. Non que le monde extérieur nous parût menaçant. Mais, soudain, il nous semblait juste fade. Ennuyeux. La tendresse qui nous liait était telle que, lorsque nous étions ensemble, nous devenions imperméables au reste. Et cette tendresse-là résistait au temps. Elle résistait à tout. Elle ne s’en allait pas. Et nous le savions. Nous le savions si bien que nous étions sereins. Rien ne nous menaçait. L’amore maturo résiste à toutes les peurs que l’amour immature charrie normalement avec lui. Et que d’angoisses, quand on y pense. Que de tortures. La passion du jeune Werther le conduit au suicide. Il pense que ce grand embrasement intérieur réduira tout en cendres de toute façon et que mieux vaut en finir tout de suite. Charlotte doit se sauver pour échapper aux flammes. Je ne parle même pas de ce que l’amour impossible fait à Juliette et à son Roméo – on nage là en plein romantisme, il est vrai. Mais l’amour non romantique, quel est-il ? À un apprenti révolutionnaire qui avait trouvé refuge chez elle à Paris, Marguerite Duras dit un jour que l’amour et la révolution étaient «deux vues de l’esprit». Elle l’en informait, comme ça, au détour d’une phrase.

Clara Magnani, Joie, Sabine Wespieser Éditeur, 2017, pp. 86/88.

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