Les danseurs du temps | P. Quignard

 

 

Le temps est l’originaire qui afflue. Le temps est un enfant qui joue. Ce n’est pas un adulte qui contemple. Ce n’est pas un enfant puer qui apprend. C’est un enfant infans entièrement absorbé par sa danse et sa joie. Rythme qui se perd tout entier dans les pions qu’il déplace.
Royaume intense.
Il y avait une terrible odeur de peau dans les bibliothèques de jadis. La tradition est la peau généalogique.
L’enveloppe de peau où migrent les vivipares, tel est l’incunable.

Pascal Quignard, Sur le jadis, Dernier royaume II, Grasset, 2002, Édition numérique, LXXV, 1/4.

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Sur les évolutions des acrobates, le bonheur des amoureux, les quêtes de leur désir, les danseurs du temps, l’extase qui les porte, l’arc bandé et le cri étrange qui la concluent.
Il y a une connivence virtuose des corps quand ils désirent qui les fait parvenir à peu près à l’état de célestes.
Ils s’envoyaient en l’air.

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Si le paradis a des habitants, ce sont les acrobates.
Le septième ciel où ils volent et tournoient comme des oiseaux dans le ciel.
Des écureuils sur le tronc des arbres.
Des cabris sur la paroi toute blanche de neige de la montagne.

 

Pascal Quignard, Danse , Les Paradisiaques, Gallimard, 2014, p.199/200.

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La danse
Auteur, interprète : Claude Nougaro
Compositeur : Maurice Camille Vanderschueren

 

 

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