Sergueï Essenine | Confessions d’un voyou

Sergueï Aleksandrovitch Essenine ( 1895 -1925 )

Voici le texte d’un poète marquant de la Russie du vingtième siècle, Sergueï Essenine. Il existe de nombreuses traductions de la « confession d’un voyou », notamment celle de Katia Granoff,  puis la version ci-dessous, signée Armand Robin.

Angelo Branduardi étant venu à la chanson par le désir précis de chanter Sergueï Essenine, je place, en regard du poème de la confession, une chanson inspirée de ce même poème, dont l’écriture est, elle, signée Étienne Roda-Gil sous le titre Confessions d’un malandrin.

Sylvie-E. Saliceti

 

La confession d’un voyou

Ce n’est pas tout un chacun qui peut chanter
Ce n’est pas à tout homme qu’est donné d’être pomme
Tombant aux pieds d’autrui.
Ci-après la toute ultime confession,
Confession dont un voyou vous fait profession.

C’est exprès que je circule, non peigné,
Ma tête comme une lampe à pétrole sur mes épaules.
Dans les ténèbres il me plaît d’illuminer
L’automne sans feuillage de vos âmes.

C’est un plaisir pour moi quand les pierres de l’insulte
Vers moi volent, grêlons d’un orage pétant.
Je me contente alors de serrer plus fortement
De mes mains la vessie oscillante de mes cheveux,
C’est alors qu’il fait si bon se souvenir
D’un étang couvert d’herbes et du rauque son de l’aulne
Et d’un père, d’une mère à moi qui vivent quelque part,
Qui se fichent pas mal de tous mes poèmes,
Qui m’aiment comme un champ, comme de la chair,
Comme la fluette pluie printanière qui mollit le sol vert.

Ils viendraient avec leurs fourches vous égorger
Pour chaque injure de vous contre moi lancée.
Pauvres, pauvres paysans !
Sans doute vous êtes devenus pas jolis
Et toujours vous craignez Dieu et les poitrines des marécages.
Oh ! si seulement

Vous pouviez comprendre qu’en Russie votre enfant
Est le meilleur poète.
Craignant pour sa vie, n’aviez-vous pas du givre au cœur
Lorsqu’il trempait ses pieds nus dans les flaques d’automne ?
Il se promène en haut de forme aujourd’hui
Et en souliers vernis.

Serge Essénine, Quatre poètes russes, V. Maïakovsky, B. Pasternak, A. Blok, S. Essénine, texte russe présenté et traduit par Armand Robin, éditions du Seuil, 1949, p. 59-61.

 

Confessions d’un malandrin
Auteur : Etienne Roda-Gil (inspiré de Sergueï Essenine )
Compositeur, interprète: Angelo Branduardi

 

 

 

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