Jacques Ancet | Transparence

 

 

Corps léger, presque de verre  

 

Tu pourrais apprendre à la main
un autre art,
celui de traverser le verre ;

(…)

Matière solaire

Écrire sera donc, pour Eugenio de Andrade, un exercice de transparence : pour devenir ce « corps léger presque de verre » de l’enfance, il devra décanter, épurer le langage ; faire du poème un espace de clarté et de silence (« faire du mot / la demeure du silence») où puisse advenir le monde transfiguré ; où chaque chose puisse être elle-même et plus qu’elle-même : le chiffre d’une totalité. En somme, il devra alléger langue et corps, les convertir en air, cet élément à la fois invisible et lumineux, physique et immatériel, vide et vivant que le poète met, explicitement, au fondement de sa rêverie : « L’air est mon élément, l’air ». D’où la simplicité de ces poèmes, leur brièveté intense qui rappelle tour à tour le haïku, Follain ou le Ritsos de Notes en marge du temps. Mais avec, à chaque fois, ce mélange de limpidité, de sensualité et d’angoisse qui n’appartient qu’à eux. Car l’angoisse de la mort — « le poids de l’ombre » — rend plus intense, par le contrepoint constant qu’elle instaure, la splendeur lumineuse des instants de plénitude.

Jacques Ancet, L’amitié des voix, 2 : le temps des voix, Édition numérique, publie.net, 2009.

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