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FLEUVE DE CENT ROCHES
Exactement comme un enfant,
le fleuve nous rejoint et nous observe.
Ce fleuve est fort et vieux.
Il vient de très loin
plus loin que l’étoile qu’on a vue,
de plus loin que la voix d’un berger des nuages et des pins,
plus loin que l’horizon.
J’ai parcouru toutes ses rives ;
mon père les a parcourues aussi
et mon grand-père est allé entre elles comme dans les
jambes d’une femme.
Habité de cent roches,
le fleuve connaît ce que le temps porte.
Marche sur lui-même, saute, s’enroule, avance.
Palpitant de hérons son corps sait.
Je conquiers sa force
et je crie allègrement en ramant.
Je rame et je ferai des promesses à l’eau.
Je rame et je t’embrasserai dans le voyage.
Je rame et en chantant je t’emporterai
jusqu’au pays des tendres fruits
que seuls le fleuve, mon cheval et moi
connaissons.
Eraclio Zepeda, Poésie du Mexique, Traduit et présenté par Gonzalo Figueroa, Traduit du Nahuátl, Éditions Actes Sud/Unnesco, 1988.
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Diferencias Sobre la Guaracha (Mexique S. XVII) [Extrait Du temps & de l’instant]
Jordi Savall
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