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Il faut quelqu’un pour mourir. Et quelqu’un pour regarder mourir. Deux présences au bord du monde. Une fleur, un vase. Un regard pour celui qui part, un regard pour celui qui veille. Ce don des larmes retenues, tissé dès le premier souffle entre la mère et l’enfant, laisse fléchir le monde doucement dans sa sagesse. (…)
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Passage du souffle dans la petite éternité de l’air
On ne dit jamais au revoir à celui qui part, au contraire et c’est une illusion de croire qu’on va faire ses adieux en lui parlant une dernière fois alors qu’une vraie conversation commence avec celui qui s’éloigne, un dialogue secret, intérieur, pour la vie, avec peu de mots, peu de paroles finalement, dans l’acuité des derniers instants. La nudité des regards. À son chevet, on invente des gestes (…) des gestes enfouis au fond du silence, au fond des mains, des remous qui nous déchirent par leur tendresse inimaginable. D’une splendeur et d’une douceur inouïes.
C’est parce que c’est d’une autre guérison dont il s’agit. La nôtre. Une guérison dont il faut accueillir la pleine conscience, nous délivrant de tout ce que l’on croyait possible ou pas. Celui qui part nous guérit de la prison du possible, de l’impossible, et nous ouvre un autre espace entre les deux, un nouvel ordre sans ordre. Si on résiste à ça, on se brise. On est en mille morceaux et personne ne le voit.
On ne dit jamais au revoir à celui qui part. Au contraire. On lui dit enfin, je suis là.
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Dominique Sampiero, La vie est chaude, Éditions Bruno Doucey, 2013, p. 30/ p.13/p.15.
Comme dans les dessins de Folon
Auteur : Philippe Delerm
Compositeur, interprète : Y. Duteuil
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