Le chercheur d’or

Je suis un chercheur d’or, je cherche la beauté
qui parfois fait son nid dans le fleuve humain
je veux battre dans l’homme un record de plongée
je cherche la fraîcheur de la mer au matin.

En chacun je descends mon cœur pour boussole
je veux trouver dans l’homme une aurore de métal
qui fasse rougir l’or, pâlir le tournesol
tant elle vaut son pesant de soleil et d’opale.

Pour une once de bonté, un gramme de tendresse
que de tonnes d’infamies il me faut remuer
à tel point que mes mains si riches d’allégresse
ont l’air dans le matin de deux ailes brisées.

Je suis un chercheur d’or, pour éclairer mes jours,
pour aurifier mes songes, il me faut une aurore
frappée à l’effigie de l’homme et ses amours
il me faut la douceur et ses yeux de phosphore

Il me faut l’espérance et ses lingots d’azur
Oh est-ce là vouloir la pierre philosophale
si de toutes mes forces je veux franchir les murs
soniques de l’humain est-ce un rêve immoral ?

Est-ce ma faute frère si de tous les biens
si parmi tous les ors qui courent le monde
parmi tous les diamants c’est toi mon seul lien
C’est toi le gisement où je cherche ma Golconde !

René Depestre, Minerai noir, Anthologie personnelle et autres recueils, Seghers/ Points, 2019, pp.54/55.

 

 

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