Yannis Ritsos

Le rêve de l’enfant, c’est la Paix,
Le rêve de la mère, c’est la Paix,
Des mots d’amour sous les arbres, c’est la Paix.

Le père qui rentre le soir un large sourire dans les yeux
Dans les mains son panier rempli de fruits
Et sur le front des gouttes de sueur qui ressemblent
Aux gouttes d’eau gelées de la cruche posée sur la fenêtre…
C’est la Paix….

Quand se referment les cicatrices sur le visage blessé du monde
Et que dans les cratères creusés par les obus, on plante des arbres;
Quand, dans les cœurs carbonisés par la fournaise,
L’espoir fait resurgir les premiers bourgeons
Et que les morts peuvent enfin se coucher sur le côté
Et dormir sans aucune plainte, assurés que leur sang
N’a pas coulé en vain…
C’est la Paix

La Paix, c’est la bonne odeur du repas,
Le soir quand l’arrêt d’une voiture sur la route
Ne provoque aucune peur,
quand celui qui frappe à la porte, ne peut être qu’un ami
Et qu’à n’importe quelle heure, la fenêtre ne peut s’ouvrir
Que sur le ciel éblouissant nos yeux comme une fête
Des cloches lointaines de ses couleurs…
C’est la Paix

Quand les prisons deviennent bibliothèques
Et que de porte en porte, une chanson s’en va dans la nuit…
Quand la lune du printemps sort des nuages semblables
A l’ouvrier qui le samedi soir sort fraîchement rasé
De chez le coiffeur du quartier, c’est la Paix.
(…)
La Paix, ce sont des meules rayonnantes dans les champs de l’été
C’est l’alphabet de la bonté sur les genoux de l’aube.
Quand tu dis, mon frère, quand nous disons, demain, nous construirons,
Quand nous construisons et que nous chantons, c’est la Paix…

Quand la mort ne prend que peu de place dans le cœur
Et que les cheminées nous montrent du doigt le chemin du bonheur,
Quand le poète et le prolétaire peuvent à égalité
Respirer le parfum du grand œillet du crépuscule, c’est la Paix.

Mes frères, mes sœurs, c’est dans la Paix que se respire à pleins poumons
L’univers entier avec tous ses rêves…
Mes frères, mes sœurs, donnez-vous la main, c’est cela la Paix.

Yannis Ritsos

La paix
Auteur : Yannis Ritsos
Récitante : Mélina Mercouri

Le rêve de l’enfant, c’est la paix.
Le rêve de la mère, c’est la paix.
Les paroles de l’amour sous les arbres
c’est la paix.

Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage
du monde
et que nos morts peuvent se tourner sur le flanc et trouver
un sommeil sans grief
en sachant que leur sang n’a pas été répandu en vain,
c’est la paix.

La paix est l’odeur du repas, le soir,
lorsqu’on n’entend plus avec crainte la voiture faire halte
dans la rue,
lorsque le coup à la porte désigne l’ami
et qu’en l’ouvrant la fenêtre désigne à chaque heure le ciel
en fêtant nos yeux aux cloches lointaines des couleurs,
c’est la paix.

La paix est un verre de lait chaud et un livre posés devant
l’enfant qui s’éveille.

Lorsque les prisons sont réaménagées en bibliothèques,
lorsqu’un chant s’élève de seuil en seuil, la nuit,
à l’heure où la lune printanière sort du nuage
comme l’ouvrier rasé de frais sort de chez le coiffeur du quartier,
le samedi soir
c’est la paix.

Lorsque le jour qui est passé
n’est pas un jour qui est perdu
mais une racine qui hisse les feuilles de la joie dans le soir,
et qu’il s’agit d’un jour de gagné et d’un sommeil légitime,
c’est la paix.

Lorsque la mort tient peu de place dans le cœur
et que le poète et le prolétaire peuvent pareillement humer
le grand œillet du soir,
c’est la paix.

Sur les rails de mes vers,
le train qui s’en va vers l’avenir
chargé de blé et de roses,
c’est la paix.

Mes Frères,
au sein de la paix, le monde entier
avec tous ses rêves respire à pleins poumons.
Joignez vos mains, mes frères.
C’est cela, la paix.

Yannis Ritsos, La paix, traduit du grec par l’auteur, in Revue Europe, août-septembre 1983 puis in Guerre à la guerre, Anthologie, Éditions Bruno Doucey, 2014.

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