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Carte postale de Mazurie – Destinataire inconnu

Quand le soir viendra,
nous irons au lac regarder les fagots
descendre les bois en sarabande.
Sous la lame des vagues,
nous jetterons notre carcasse usée et les arbres
nageront avec nous vers l’autre rive.
Ou bien la pâleur des contes nous surprendra.
À demi-mot, dans un faux-pas.
À présent, les couronnes de verdure des sapins dorment encore.
Toujours le cerf solitaire s’y arrête.
Les yeux des hiboux régulent le mouvement que prennent
les souris en chemin.
L’ombre trouble du héron comme le pouvoir de l’épée légendaire
se plonge dans le souvenir.
Il se fait tard.
Les dents des scies excavent les restes de sciure,
et l’on entend le craquement du silence ardent et passionné.
Les braises s’éteignent peu à peu.
Parfois un kayak transperce, comme une pique,
une côte à découvert.

Borussia, 1995.

Wojciech Marek Darski, Terra Nullius, Une anthologie de la poésie polonaise contemporaine de Vannie et Mazurie, Traduction et présentation de Frédérique Laurent, Éditions Folle Avoine, 2004, p 50

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