Nous avons aimé les rails serpentant entre les fermes isolées au beau milieu de la steppe où un campement, parfois, alertait le regard. Les lits des rivières à sec, les hangars détruits, la poussière du vent, les herbes maigres.
(…)
Qui part et pourquoi ? Pour quel mirage ? Pour quelle preuve ? Abandonnant les joies étouffantes du Pays natal. Écrire, oui, c’est arracher, c’est s’arracher aux anciens paysages, à ces liens que l’on pensait indestructibles. Vers la steppe, oui, depuis toujours ce désir aveuglant, l’aveuglant désir de repousser l’horizon, de danser sur la terre, la tête au vent.
(…)
J’appelle la steppe. En moi le souffle de la steppe. Je veux marcher sur la terre, ne pas cesser de regarder le ciel, la nuit, les étoiles, sentir la douceur de l’air sur la peau, entendre des clameurs, traverser des marchés où abondent les fruits, les corps durs à la peine, regarder les visages à la dérobée ou visage contre visage.

Joël Vernet, Vers la steppe, Frontispice de Jean-Gilles Badaire, Collection Entre 4 Yeux, Éditions Lettres Vives, 2011, PP. 51 & S.

 

 

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