Variations de funambule| Angélique Ionatos chante Caussimon

 

 

 

Angelique_Ionatos-Reste_la_lumiere

Le funambule
Auteur  : Jean-Roger Caussimon
Interprète : Angélique Ionatos

Compositeur : Francis Lai

 

 

La destinée serait-elle ce pas éphémère ? Bref état de grâce sur un fil d’acier ? Que signifie Devenir ? Le verbe s’apparente à une chanson nomade. Pour A. Ionatos, il aura souvent signifié l’exil, loin de la langue, loin de la maison grecque donc – puisque la langue est le cœur de la patrie. Devenir, ce sont les points de départ et d’arrivée. Le lieu d’une naissance où l’on revient toujours.  Un pas sur le fil du temps.

La métaphore du funambule évoque l’incertitude, l’oscillation. L’équilibre à ce point de subtilité où l’artiste de Jean-Roger Caussimon — si peu sûr de son pas — ressent le besoin de se retirer, à distance du grand jour. Il ne réapparaît que le soir venu, quand le public est parti, et que la lune dehors à travers les trous de la vieille toile, allume un ciel empli d’étoiles.

À cet instant, pour lui commence la vraie vie : le funambule soudain devient gracieux, agile. Sur une corde tendue d’étoile à étoile, il montre mille prodiges. Funambule-somnambule, il accomplit ses talents en dormant.

De sorte que sa déambulation est toujours quelque peu onirique et nocturne … , et pour cause : elle s’appelle devenir ! Fluente, non pas itinérante : telle est la musique, nous dit Jankélévitch.

Mais voilà : la chute attend le saltimbanque. Chute morale. Inéluctable.

Or face à ce destin qui sombre, résonne le silence lumineux des amis du cirque forain, dont aucun jamais ne révèle au danseur que chaque nuit, il se lève dans son sommeil.

Que faut-il considérer de cet étrange non-dit ?

Dans ce murmure des âmes est enclose une valeur sacrée, mais laquelle ?

Ce silence s’avère — étymologiquement — bouleversant : le secret ainsi maintenu — à l’endroit de la fragilité de l’homme sur un fil — ce secret ouvre un mystère infiniment métaphysique. On y entend que la nuit peut-être est tendre , et qu’il s’agit d’ouvrir les yeux des vivants avec douceur, aussi doucement que si nous fermions les yeux d’un mort.

Soleil crépusculaire. Nuit, puis lumière aurorale. L’ineffable affleure, et qui pour le dire ? La musique, comme la poésie, dit ce qui ne peut être dit, libère la fluidité, conduit le figé vers le mouvement d’une présence pure qui lave les âmes.

Il s’agit bien sûr d’être là, mais au-delà, il s’agit de passer ; et le temps de passer, de mesurer ce qui change. Leçon de funambule : la force demeure au devenir.

Oui, les gens du voyage sont des gens très bien.

 

Sylvie-E. Saliceti

 

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