Thomas Vinau | 76 clochards célestes ou presque : Nicolas Bouvier

 

Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.

Nicolas Bouvier

 

 

Nicolas Bouvier(1929-1998)

Nicolas Bouvier est un écrivain un peu spécial. Il se sert de ses chaussures pour écrire. La rosée est son encre. Le vent tourne ses pages. Premier voyage à dix-sept ans. Nicolas Bouvier est un aventurier qui ne cherche rien. À devoir, comme tout le monde, mettre un jour devant l’autre, lui met ses pas dedans et il avance. Simplement. Nicolas Bouvier avance. Sur toutes les routes du monde. En Fiat ou en grolles. Et le chemin le rince. Et le chemin l’écrit. Nicolas Bouvier est une feuille blanche qui boit de la pluie. Si vous croisez, sur un des cinq continents, un petit caillou blanc usé jusqu’à la lime, c’est probablement que Nicolas Bouvier lui a trop fait de bisous. Nicolas Bouvier avance avec lenteur sur la terre des hommes. Toute la terre. Tous les hommes. Il connaît le goût de la poussière de chaque côté de l’horizon. Il connaît les légumes. Il connaît les sourires. Il écrit pas à pas, comme il avance, comme il trempe la langue, comme il boit, doucement. Lentement. Calmement. Les empreintes de ses pieds sont des estampes. Un Sioux un peu poète pourra remonter sa piste d’est en ouest, à travers le ciel. Dans Le Vide et le Plein : carnets du Japon, il écrit : « Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n’a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer».

Thomas Vinau, 76 clochards célestes ou presque, préface et bibliographie déraisonnée d’Éric Poindron, collection « Curiosa & cætera », Éditions Le Castor Astral, 2016.

 


Nicolas Bouvier, écrivain voyageur

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