Ainsi Cesaria a-t-elle d’abord été pour le public occidental la femme de deux chansons : Mar Azul, une composition de B. Leza, personnage clé de la poésie cap-verdienne, et surtout, Sodade, sorte de fado tropical qui bâtit sa renommée mondiale. La première est une prière adressée à la mer afin qu’elle permette de revenir vers cette “terra longe”, la terre lointaine, ce “São Vicente pequinino”, ce tout petit Saint-Vincent où sont restées la mère et la bien-aimée. Chant nostalgique de l’émigré, une vocation cap-verdienne, cette supplique au rythme chaloupé évoque aussi la terre mythique, ce nulle part, l’Afrique sans doute, d’où l’esclave a été arraché dans les siècles passés. Nous voici au cœur du blues, auquel Cesaria a apporté sa contribution de femme africaine déracinée. Sodade évoque l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire cap-verdienne : la déportation forcée de travailleurs vers les îles de São Tomé e Principe ou vers l’Angola. Triste prolongation de l’esclavage, cette pratique ne s’est éteinte qu’au cours de la deuxième moitié de ce siècle. Cesaria portait toute cette histoire sur ses épaules. Elle portait celle du déclin du port de Mindelo, celle des nuages fuyants et inutiles. Mais elle représentait aussi ce peuple cap-verdien heureux, rieur, mélangé, aimant danser et déclamer des poésies.

Véronique Mortaigne, Cesaria Evora, La voix du Cap-Vert, Biographie, Actes Sud, Format num. non pag., 2014.

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Sodade
Auteur, compositeur : A. Cabral
Interprètes : Cesaria Evora en duo avec Eleftheria Arvanitaki ( enregistrement public)

 

 

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