Michel Foucault | Libres quand il s’agit d’écrire

 

 

 

Non, non, je ne suis pas là où vous me guettez (…) Eh quoi, vous-imaginez-vous que je prendrais à écrire tant de peine et tant de plaisir, croyez-vous que je m’y serais obstiné, tête baissée, si je ne préparais — d’une main un peu fébrile — le labyrinthe où m’aventurer, déplacer mon propos, lui ouvrir des souterrains, l’enfoncer loin de moi-même, lui trouver des surplombs qui résument et déforment son parcours, où me perdre et apparaître finalement à des yeux que je n’aurais jamais plus à rencontrer ? Plus d’un comme moi sans doute écrivent pour ne plus avoir de visage. Ne me demandez pas qui je suis et ne me demandez pas de rester le même ; c’est une morale d’état civil ; elle régit nos papiers. Qu’elle nous laisse libres quand il s’agit d’écrire.

Michel Foucault, L’archéologie du savoir, Gallimard, 1969, p 103.

 

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Auteur, compositeur, interprète : Vincent Delerm

 

 

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