Federico Garcia Lorca | Romance de la garde civile espagnole

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Les chevaux sont noirs.
Les fers sont noirs.
Sur les capes brillent
des taches d’encre et de cire.
Ils ont des crânes de plomb,
c’est pour cela qu’ils ne pleurent pas.
Avec une âme de cuir verni
ils arrivent par la route.
Bossus et nocturnes,
où ils passent, ils ordonnent
des silences de gomme obscure
et des peurs de sable fin.
Ils passent, s’ils veulent passer,
et cachent dans leur tête
une vague astronomie
de pistolets irréels.

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Oh ville des gitans !
Aux coins des rues, des drapeaux.
La lune et la calebasse
avec les griottes en conserve.
Oh ville des gitans !
Qui t’a vue et ne se souvient?
Ville de douleur et de muse,
avec des tours de cannelle.

*

Quand la nuit tombait,
nuit de la nuit noire,
les gitans à leurs enclumes
forgeaient des soleils et des flèches.
Un cheval meurtri
frappait à toutes les portes.
Des coqs de verre chantaient
par Jerez de la Frontera.
Le vent nu tourne le coin
de la rue de la surprise,
dans la nuit d’argent éteint
nuit de la nuit noire.

Federico Garcia Lorca, La Désillusion du monde, traduit de l’espagnol et présenté par Yves Véquaud, Editions de La Différence, Col. Orphée, 2012, pp 55-57

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Federico Garcia Lorca
Federico Garcia Lorca

Federico Garcia
Auteur, compositeur, interprète : Jean Ferrat

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