Je fais retraite chez les oiseaux.
Cela vaut bien les monastères et leur mise en scène sacrée !

À midi, le soleil abat ses lanières d’or sur mes épaules. Ai-je besoin d’une autre discipline pour expier tous les péchés commis envers les quatre éléments ? Je cherche le rythme oublié.

J’apprends l’effort, le puits, la colline et le thym. Le vent et les bêtes sauvages coulent devant ma porte. Le feu de bois exige un très long souffle humain.

*

Sorti du chant du coq et du petit froid vert de l’aube, je progresse au travers de la chaleur, je marche jusqu’au soir de la journée, encouragé par la présence de l’arbre, par la rondeur des fruits, par la confiance baveuse des troupeaux. Je m’allonge sur la terre tiédie pour jouir du bleu imaginaire, du bleu presque trop pur de la lumière.

Au fond, ce n’est pas vrai !

Cette danse pétrie de mer, de miel et de feuillages, je l’invente au fond de mon œil. La haie folle de couleurs, la vague de ce bouquet d’arbres balancé, la langueur brune de ce coteau blasonné de vignes, je les crée pour mon seul plaisir. Je suis ivre de mon œil, collé de toute mon âme à cette lucarne claire.

*

Tout s’apaise. La terre est ronde sous mes reins. La rivière entre par le haut de ma tête et sort au bout de mes talons. Elle me traverse. Je la sens charrier ses longues herbes flottantes, ses troupes nageuses de poissons blancs…

Luc Bérimont, La huche à pain, Extraits, Signes ( Revue), Mars 1985, P.7.

Robert_Hossein-Poesie_de_demain_Luc_Berimont_Mono_

Poésie de demain La huche à pain ( Extrait)
Auteur : Luc Bérimont
Récitant : Robert Hossein

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.