Le gant de crin

Je ne suis pas, au surplus, à la recherche d’une forme quelconque. Je n’en connais pas qu’il me plairait de revêtir. Si j’en connaissais une toute prête, je n’aurais même pas le courage de tenter le moindre effort pour l’atteindre. Le poète doit chercher, partout et en lui-même, la vraie substance poétique, et c’est cette substance qui lui impose la seule forme qui lui soit nécessaire. Mais, ce qui m’absorbe plus que tout autre détail du problème, c’est cette identité de la destinée poétique et de la destinée humaine. Cette marche incertaine et précaire sur le vide, aspiré par en haut, attiré par en bas, avec l’effroi à peine contenu d’une chute sans nom et l’espoir toujours mal chevillé d’une fin ou d’un éternel commencement dans l’éblouissement sans tourbillon de la lumière.

Pierre Reverdy, Oeuvres complètes, Le gant de crin, Tome II, Flammarion,2010, p. 549.

 

 

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