Pierre-Albert Jourdan | N’emporte pas

 

 

 

N’emporte pas un lourd bagage pour tes excursions. Juste une pointe de lucidité à tes souliers. Car cela monte beaucoup pour tes artères. Comme bagage emporte une fleur d’amandier, cet ongle bref sur la douceur de l’air.Rien de moins étroit pourtant. Fleurs de l’air…Non pas rêveries trompeuses mais lent accomplissement mené jusqu’à la perfection. Pas une seule fausse note. C’est cela qui bouge en toi : une aérienne mesure de perfection. Pour te rejeter dans les ténèbres de l’esprit maniaque, pour que tu puisses prendre ce recul et les fleurs naissantes de l’amandier sont la poudrière qui fait tout sauter.

Au milieu des débris, levant les yeux, tu sais quel été glacial contemple, impassible, ce remue-ménage. Mais tu restes en opposition. Il faudrait beaucoup d’amour pour pouvoir entrer dans cet atelier de lumière, un amour dévorant, se dévorant. Et que le bagage soit bien léger pour que tu puisses traverser ce paysage, sans le bouleverser, sans te bouleverser. Et qu’une seule lumière vous éclaire et vous foudroie. Amande double.

Pierre-Albert Jourdan, L’espace de la perte, Editions Unes, 1984.

 

 

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