Solitude de ce début d’après-midi,
ombre d’autant plus blême, dans ma chambre,
qu’au dehors, en un ciel qui n’est
que lumière, le dimanche se déploie,
immaculé, dans tout son éclat.
Je sais bien qu’en cet instant même s’anime et chante
la jeunesse, là-haut, en des hameaux muets,
parmi la muette campagne,
où les lichens, les pierres, les fumées, l’eau,
se nimbent d’une odeur d’hivers révolus et de soleil.
Je sais la transparence de l’Adriatique
au long des rives de la Vénétie, de l’Emilie,
ou plus bas, dans le Gargano vaporeux,
et dans les Pouilles qui s’abîment à l’orient.
Et combien sur les bords du Pô on est en liesse,
loin des villes, en des escapades qui ont
le parfum doux-amer des écorces flétries.
Je sais la limpidité, en ce bel automne,
du col de Saint-Luc surplombant une mer
de têtes qui recouvrent l’anneau du stade,
celle, à Trieste, de la rue du Vingt-Septembre,
avec ses arbres gorgés de fraîcheur,
ou celle des quais de l’Arno, fantomatiques et déserts.
Une radio dévide un tango, vague
contrepoint musical, rauque,
et désespéré, à cette splendeur de la fête
versant l’oubli sur Rome, à mon ennui
résigné sur des vertiges assoupis ….

Pier Paolo Pasolini, Traduction de José Guidi, Avec les armes de la poésie, Volume réalisé par Laura Betti, Giorgo Corapi, Elio Pecora, Garzanti Editori, 1984, P.121.

 

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