Philippe Jaccottet | Les deux messagers

 

 

Oui, j’aurais dû revenir à Hölderlin et notamment à l’ouverture de « Patmos », peut-être le plus bel hymne qu’il ait écrit et achevé, avant que sa pensée ne s’égare un peu :

Nah ist Und schwer zu fassen der Gott

Tout proche
Et difficile à saisir, le Dieu

Et ce qui suit, surtout :

Wo aber Gefahr ist, wächst Das Rettende auch.

Mais là où il y a danger, croît
Aussi ce qui sauve.

Il parle ensuite des aigles qui logent sur des lieux très escarpés, et très éloignés les uns des autres, et à ce dieu dont il a dit d’abord qu’il était incompréhensible, il adresse une sorte de prière :

So gib unschuldig Wasser, O Fittige gib uns…

Donne-nous une eau innocente Oh donne-nous des ailes…

Voilà de manière très extraordinaire, réunis en si peu de mots, les deux messagers privilégiés de la poésie : les oiseaux, et l’eau vive. Et je retrouve le thème du voyageur qui part et qui revient. Comme si Hölderlin disait pour moi en ce début de poème, en quelques lignes, en quelques vers, presque tout l’essentiel.

 

Philippe Jaccottet, La Clarté Notre-Dame, Éditions Gallimard, 2021, pp.43/44.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.