Paul Celan | Renverse de souffle

 

 

 

 

Renverse de souffle
[ Fumée de Pâque ]

FUMÉE DE PÂQUE, à flot, avec
au milieu le sillage
en forme de lettre.

(Jamais il n’y eut de ciel.
Mais il y a encore une mer, rouge incendie,
une mer.)

Nous ici, nous,
contents de traverser, devant la tente
où tu as fait cuire du pain de désert
pétri dans une langue émigrée elle aussi.

Sur le bord extrême du regard : la danse
de deux lames passant
sur la corde d’ombre du coeur.

Le filet en dessous, noué
dans des bouts
de pensée- à quelle profondeur ?

Là : le sou d’éternité
mordu, craché vers nous
à travers les mailles.

Trois voix de sable, trois
scorpions :
le peuple d’accueil, avec nous
dans la barque.

*

OSTERQUALM, flutend, mit
der buchstabenähnlichen
Kielspur inmitten.

(Niemals war Himmel.
Doch Meerist noch, brandrot,
Meer.)

Wir hier, wir,
überfahrtsfroh, vor dem Zelt,
wo du Wüstenbrot bukst
aus mitgewanderter Sprache.

Am äuβersten Blickrand: der Tanz
zweier Klingen übers
Herzschattenseil.

Das Netz darunter, geknüpft
aus Gedanken-
enden – im welcher
Tiefe?

Da : der zerbissene
Ewigkeitsgroschen, zu uns
heraufgespien durch die Maschen.

Drei Sandstimmen, drei
Skorpione :
das Gastvolk, mit uns
im Kahn.

Paul Celan, Renverse de souffle, Traduit de l’allemand et annoté par Jean-Pierre Lefebvre, Édition bilingue, Éditions du Seuil, Points Poésie, 2006, pp 146/147

 

 

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