LE CHANT DES FILS ÉLECTRIQUES

 

 

Les fils électriques dans la campagne ne sont
jamais tranquilles :
entre chaque poteau ils montent, rêvant des hauteurs
et chaque poteau brise leurs rêves
impitoyable les casse net et les jette à nouveau
vers le sol

Montent et descendent,
Montent, cassent net et montent
rêveurs

contre le ciel de l’aube les réseaux des fils
changent leurs relations spatiales
lignes parallèles mobiles qui glissent
et coulent le long du ciel se contractent et s’ouvrent

Dans les trains français
et même italiens,
on fait attention aux fils électriques le long des voies
qui montent et descendent.
En Espagne
si l’on s’ennuie
on parle avec les gens dans le compartiment.

Si le paysage vaut quelque chose
on ne peut le quitter des yeux.

 

Ici 3 mules battant du blé
elles courent en cercles
et tirent un traîneau

 

Les 7 hommes endormis
sous l’arbre près d’une gare
où l’on ne s’arrête pas

 

Il y a du laurier rose en fleurs
partout où il y a de l’eau,
le long des lignes de l’eau
des cascades de rouge

 

Il y a la tête d’une chèvre
surgissant au-dessus du quai :
dans son œil un diable
ou une sorte de dieu

Il y a toujours quelque chose
à toucher ou sentir ou voir ou des gens, on

ne fait jamais attention aux fils électriques.

 

Paul Blackburn, Villes suivi de Journaux, Traduit par Stéphane Bouquet, Série américaine, José Corti, 2011, pp.72/73.

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