Dimey par Reggiani | Les seigneurs

 

 

 

Les seigneurs
Auteur: Bernard Dimey
Compositeur: Stephan Reggiani
Interprète : Serge Reggiani

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Regardez bien la gueule que j’ai
Je n’ai pas toujours eu la même
Quand on ressemble à ses poèmes
On finit souvent sur le quai
Je navigue sur des canaux
Où ma vieille péniche s’use
Elle a vu tellement d’écluses
Qu’elle n’a même plus l’air d’un bateau.

On a beau jouer les seigneurs
Faire voir ses biceps et ses dents
Un jour on annonce la couleur
Ce n’est qu’une question de temps.

Je laisse un petit peu partout
Traîner des sourires à la pelle
Pour que mes journées soient plus belles
D’ailleurs tout le monde s’en fout
Ma plus grande erreur au départ
Fut d’avoir quitté mon village
J’avais pris ça pour du courage
J’ai dû me tromper quelque part.

Quand on se prend pour un seigneur
Il faut être armé jusqu’aux dents
Ce qui ne tient pas c’est le cœur
Ce n’est qu’une question de temps.

Regardez bien la gueule que j’ai
C’est le Grand-Guignol en partance
C’est du désespoir en vacances
C’est impossible à corriger
Si j’en rigole c’est tant mieux
S’il est des gens qui me regardent
Pour les planter jusqu’à la garde
Je veux devenir très très vieux.

Quand on est vraiment un seigneur
Qu’on a payé la peau des dents
On peut annoncer la couleur
Et se foutre de l’air du temps.
Regardez bien la gueule que j’ai…

 

 

Jangbu | La tibétaine

 

 

 

Je sais bien
Mais je n’ai pas encore posé toutes les questions
Dans le profond jardin des obstacles indésirables
Ce qui me donne la lumière, nuit et jour,
Ce n’est pas une lampe à beurre, je le sais bien,
Quand la fenêtre du savoir -comme des yeux- s’est ouverte
Opposé à ce paysage immaculé, à cette neige,
N’y avait-il pas un noeud d’éternité, rouge?
Où tes mains et ton esprit ont-ils fleuri?
En cette saison, sur cette terre, des cendres de nuages rouges
Et des éclats de constellations sont tombés,
Est-ce alors qu’une fleur vénéneuse a jailli dans l’esprit de tous?
Ô ma Drolma! Mère lointaine et sacrée!
Tes yeux effilés ne sont pas ceux des plumes de paon
Ta caresse amoureuse n’est pas celle du soleil et de la lune
Je sais bien.
Dans le jardin aux odeurs du grand éventail
Qui distingue mes jours et mes nuits
Où est ton siège de lotus, toi, l’innommable?

Jangbu (Chenaktsang Dorje Tsering), Né en 1963, Amdo, Tibet(Chine),Traduit du tibétain par Françoise Robin, Action poétique, Revue trimestrielle Hiver 1999-2000, N° 157

 

 

La Tibétaine
Auteur, compositeur, interprète : Yves Duteuil

 

 

Poésie, littérature, cantologie.