Ossip Mandelstam | Le verrou


 

 

Je me suis lavé, de nuit, dans la cour,
Le soleil brillait d’étoiles grossières.
Leur lueur est comme du sel sur la hache,
Le tonneau, plein jusqu’au bord, refroidit.
Le verrou est tiré sur le portail
Et la terre, en conscience, est rude.
De trame plus pure que la vérité
De cette toile fraîche, on n’en trouvera pas.

Dans le tonneau, l’étoile fond comme du sel
Et l’eau glacée se fait plus noire,
Plus pure la mort, plus salé le malheur,
Et la terre plus vraie et redoutable.

Ossip Mandelstam,Traduction du russe par Philippe Jaccottet, Louis Martinez, Jean-Claude Schneider.Tristia, dans Simple promesse (Choix de poèmes, 1908-1937), Editions La Dogana, 1994.

 

**

*

 

 

Julien Clerc, Le verrou

**

*

Un verrou, deux regards pour une mise en perspective différentielle. Un poète et un parolier, en l’occurrence J.L. Bergheaud qui signe là un texte pour une musique et une interprétation de Julien Clerc. L’écart de niveaux — entre la chanson et le poème — est ici exemplaire: d’un côté le langage d’Ossip Mandelstam, saturé de sens jusqu’à l’extrême, de l’autre la chanson qui déroule un écheveau de couplets et un refrain, avec une parfaite efficacité, comme un chemin de promenade. Le poème  prend comme un étouffement, investit, assiège par le seul jeu de la saturation du mot en résonances, « ouvrant des tranchées de splendeur dans la nuit ». Le plus vif du vif. Ce poème a probablement été écrit durant l’une des périodes de captivité de Mandelstam. Il n’y a pas de poésie tiède. Elle est glaciale, elle est brûlante, bouscule la convention, risque tout sur un signe, danse en bordure de faille. Verrou de l’histoire ? La poésie pose un acte de résistance  d’une force inouïe, les dictatures  le savent, qui  neutralisent le poète avec soin et priorité.

Lèpres à un jeune poète, dirait Serge Pey, ajoutant que chacune de nos paroles est chargée d’un événement, que les verres sont saoulés s’il on veut se saouler, et puisque « la seule pédagogie de la poésie — celle qui change de sexe » pour changer de langue »— est celle du « vertige de son danger ».

Funambule, entre poésie et chanson,  entre deux arts…qu’est-ce à dire? Poser en relief le hiatus, montrer à quel point il y a deux chemins, le poème et la chanson, qui se nourrissent  d’une essence en radicale opposition. Se défier des qualifications  qui donnent ici et là  du poétique… Si tout vaut tout, autant admettre que rien ne vaut plus rien. Il n’y a plus ni poésie, ni chanson. Or une belle chanson ne suffit pas à faire un poème, un beau poème ne suffit pas  à faire une belle chanson. Territoires connexes. Éloge des  frontières, lesquelles séparent pour mieux réunir, témoins les Brel, Brassens, Barbara, Nougaro, Leprest, Ferré et tant d’autres qui marchent sur le fil commun . Il nous appartiendra d’isoler quelques critères,  tenter de structurer une analyse, dégager quelques lois…

 Sylvie-E. Saliceti

 

 

**

*

Les fleurs sont immortelles, le ciel d’un seul tenant
Et ce qui adviendra : simple promesse…
Ossip Mandelstam

Car l’écriture poétique maintient ouvert un rapport mystique avec une essence ; elle ne peut se satisfaire d’exercer un simple pouvoir d’expression et de communication ; par son travail patient et amoureux, elle garde la langue de toute récupération mercantile, instrumentale, parce que l’audace et la calme détermination du travail poétique mènent le poète jusqu’à ce fond-là, jusqu’à ce sol premier d’où surgissent les  » éléments déchaînés « , irréductibles à quelque forme  » institutionnelle  » que ce soit.
En ce sens, toute écriture est de résistance ; et se dresse contre toute entreprise de captation, – qu’elle soit idéologique ou religieuse. Et l’on voit bien comment la résistance politique de Mandelstam fut, à l’origine, et par nécessité intérieure, de nature poétique : c’est qu’elle prenait sa source et sa confiance dans la langue elle-même, et sa force de refus dans la menace qu’il sentait peser sur elle ; atteindre cette capacité de résistance, la réduire à néant par la violence, c’était de la part du pouvoir exercer la plus grave de toutes les violences, celle qui se dresse contre l’esprit, et dont la logique, si elle réussissait à entraîner  » le mutisme de deux ou trois générations », pourrait bien entraîner  » la Russie à une mort historique .

Extrait d’une chronique de Jean-Marie Barnaud pour remue.net

 

 

Yann Tiersen | Les bras de mer

 

 

De l’endroit où je suis
On voit les bras de mer,
Qui s’allongent puis renoncent
A mordre dans la terre…

Dans le lit, tard, nous sommes là,
Nous recommençons tout,
J’ai du mal à y croire,
Je vois des bras de mer…
Je vois des bras de mer…
Qui s’allongent…qui s’allongent…

Je vois des bras de mer…
Qui s’allongent…qui s’allongent…
Et qui mordent la terre…
Et la séparent, enfin

 

**

*

Les bras de mer
Auteur, compositeur, interprète : Yann Tiersen

 

 

Aragon par Ferrat | J’arrive où je suis étranger

 

 

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

 



J’arrive où je suis étranger
Auteur : Louis Aragon
Interprète : Jean Ferrat

 

 

Jamel Eddine Bencheikh | L’aveugle au visage de grêle


**

*

 
L’aveugle au visage de grêle

Il mourut très vieux l’homme qui ne regardait qu’au-dedans de lui-même. Il avait des vêtements de vent et un corps qui changeait de forme dès que les saisons changeaient de parfum. Certains l’entendaient parler ou rire ou chanter sans qu’il ouvrît la bouche; et il n’avait pas alors la voix qu’on lui connaissait. Il semblait à d’autres qu’il se mettait à courir alors qu’il demeurait immobile. Les enfants qui venaient écouter son conte, mettaient leur tête contre sa poitrine, fermaient les yeux et restaient là sans faire un geste. Lorsqu’ils retournaient chez eux, ils avaient un regard étrange et tenaient leurs paumes aux oreilles. Aucun d’eux ne voulut jamais dire ce qu’il avait entendu contre le cœur de l’aveugle au visage de grêle.

Jamel Eddine Bencheikh, L’aveugle au visage de grêle, Éditions Jacques Bremond, Encres de Sarah Wiame, 1999, p 107

*

**

Mouloudji par Mellissmel | Faut vivre

 

 

 

Il y a peu être 150 millions de galaxies
contenant chacune 120, 150 millions d’étoiles…
A des centaines de milliers d’années lumières…
Il y a des centaines d’autres galaxies
contenant encore des milliards d’étoiles…
Poussière dans un Sahara d’étoiles…

Malgré les grands yeux du néant
c’est pour mieux te manger enfant
et les silences et les boucans…
faut vivre

bien qu’aveugles sur fond de nuit
entre les gouffres infinis
des milliards d’étoiles qui rient…
faut vivre…

malgré qu’on soit pas toujours beau
et que l’on n’ait plus ses seize ans
et sur l’espoir un chèque en blanc
faut vivre…

malgré le coeur qui perd le nord
au vent d’amour qui souffle encore
et qui parfois encore nous grise
faut vivre…

malgré qu’on ait pas de génie
n’est pas Rimbaud qui veut pardi
et qu’on se cherche un alibi
malgré tous nos morts en goguette
qui errent dans les rues de nos têtes
faut vivre…

malgré qu’on soit brave et salaud
qu’on ait des complexes à gogo
et qu’on les aime c’est ça le pire
faut vivre…

malgré l’idéal du jeune temps
qui s’est usé aux nerfs du temps
et par d’autres repris en chantant
faut vivre…

malgré qu’en s’tournant vers l’passé
on est effrayé de s’avouer
qu’on a tout de même un peu changé
faut vivre…
malgré qu’on soit du même voyage
qu’on vive en fou, qu’on vive en sage
tout finira dans un naufrage
faut vivre…

malgré qu’au ciel de nos poitrines
en nous sentinelle endormie
dans un bruit d’usine gémit
le coeur aveugle qui funambule
sur le fil du présent qui fuit
faut vivre…

malgré qu’en nous un enfant mort
parfois si peu sourit encore
comme un vieux rêve qui agonise
faut vivre…

malgré qu’on soit dans l’engrenage
des notaires et des héritages
où le coeur s’écoeure et s’enlise
faut vivre…

malgré qu’on fasse de l’humour noir
sur l’amour qui nous en fera voir
jusqu’à ce qu’il nous dise au revoir
faut vivre…

malgré qu’à tous les horizons
comme un point d’interrogation
la mort nous regarde d’un oeil ivre
faut vivre…

malgré tous nos serments d’amour
tous nos mensonges jour après jour
et bien que l’on ait qu’une vie
une seule pour l’éternité
malgré qu’on la sache ratée….

Faut vivre…

 

Faut vivre
Auteur : Mouloudji
Interprète : Melissmell

 

 

Variations sur la pluie | Nougaro et Ponge

 

 

 

La pluie fait des claquettes
Auteur, compositeur, interprète : Claude Nougaro

*

La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre, c’est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur. A peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d’un grain de blé, là d’un pois, ailleurs presque d’une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d’un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d’un ruisseau creux sans grande pente, elle choit tout à coup en un filet parfaitement vertical, assez grossièrement tressé, jusqu’au sol où elle se brise et rejaillit en aiguillettes brillantes. (…)

Francis Ponge, Le parti pris des choses, Poésie/Gallimard.

 

 

 

Brel par Barbara | Sur la place

 

 

 

Sur la place
Auteur, compositeur : Jacques Brel
Interprète : Barbara

*

Sur la place chauffée au soleil
Une fille s’est mise à danser
Elle tourne toujours pareille
Aux danseuses d’Antiquité
Sur la ville il fait trop chaud
Hommes et femmes sont assoupis
Et regardent par le carreau
Cette fille qui danse à midi

Ainsi certains jours paraît
Une flamme à nos yeux
A l’église où j’allais
On l’appelait le Bon Dieu
L’amoureux l’appelle l’amour
Le mendiant la charité
Le soleil l’appelle le jour
Et le brave homme la bonté

Sur la place vibrante d’air chaud
Où pas même ne paraît un chien
Ondulante comme un roseau
La fille bondit s’en va s’en vient
Ni guitare ni tambourin
Pour accompagner sa danse
Elle frappe dans ses mains
Pour se donner la cadence

Ainsi certains jours paraît
Une flamme à nos yeux
A l’église où j’allais
On l’appelait le Bon Dieu
L’amoureux l’appelle l’amour
Le mendiant la charité
Le soleil l’appelle le jour
Et le brave homme la bonté.

Sur la place où tout est tranquille
Une fille s’est mise à chanter
Et son chant plane sur la ville
Hymne d’amour et de bonté
Mais sur la ville il fait trop chaud
Et pour ne point entendre son chant
Les hommes ferment leurs carreaux
Comme une porte entre morts et vivants

Ainsi certains jours paraît
Une flamme en nos cœurs
Mais nous ne voulons jamais
Laisser luire sa lueur
Nous nous bouchons les oreilles
Et nous nous voilons les yeux
Nous n’aimons point les réveils
De notre cœur déjà vieux

Sur la place un chien hurle encore
Car la fille s’en est allée
Et comme le chien hurlant la mort
Pleurent les hommes leur destinée

 

 

Olivia Ruiz & Weepers Circus | La renarde

 

 

Simple indication : le texte de la Renarde à l’origine fut écrit pour Juliette Gréco.

S.-E. S.

*

La renarde
Auteur, compositeur : Weepers Circus

Interprètes : O. Ruiz & Weepers Circus

*

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:

-S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.

-Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
-On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

-Que faut-il faire ? dit le petit prince.

-Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assiéras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près…
Le lendemain revint le petit prince.

-Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après- midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur!  Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le coeur. Il faut des rites.

-Qu’est-ce qu’un « rite » ? dit le petit prince.

-C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche:
-Ah ! dit le renard… je pleurerai.

-C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…

-Bien sûr, dit le renard.

-Mais tu vas pleurer! dit le petit prince.

-Bien sûr, dit le renard.

-Alors tu n’y gagnes rien !

-J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

Puis il ajouta:

-Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d’un secret.

Le petit prince s’en fut revoir les roses.

(…)
-Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. on ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même Quelquefois se taire. Puisque c’est ma rose.
Et il revint vers le renard:

-Adieu, dit-il…

-Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

Variations sur Picasso | Eluard et Reggiani


Première du monde


A Pablo Picasso

 

Captive de la plaine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
Il a fermé les yeux pour s’en prendre à ton rêve,
Il a fermé ta robe pour briser tes chaînes.

Devant les roues toutes nouées
Un éventail rit aux éclats.
Dans les traîtres filets de l’herbe
Les routes perdent leur reflet.
Ne peux-tu donc prendre les vagues
Dont les barques sont les amandes
Dans ta paume chaude et câline
Ou dans les boucles de ta tête ?

Ne peux-tu prendre les étoiles ?
Écartelée, tu leur ressembles,
Dans leur nid de feu tu demeures
Et ton éclat s’en multiplie.

De l’aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l’écorce.
Il ira se fixer sur tes paupières closes.
Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.
 

Paul Éluard, Capitale de la douleur, Gallimard

*

Pablo
Auteur Claude Lesmesle
Interprète Serge Reggiani

 

 

Dimey par Reggiani | Les seigneurs

 

 

 

Les seigneurs
Auteur: Bernard Dimey
Compositeur: Stephan Reggiani
Interprète : Serge Reggiani

*

Regardez bien la gueule que j’ai
Je n’ai pas toujours eu la même
Quand on ressemble à ses poèmes
On finit souvent sur le quai
Je navigue sur des canaux
Où ma vieille péniche s’use
Elle a vu tellement d’écluses
Qu’elle n’a même plus l’air d’un bateau.

On a beau jouer les seigneurs
Faire voir ses biceps et ses dents
Un jour on annonce la couleur
Ce n’est qu’une question de temps.

Je laisse un petit peu partout
Traîner des sourires à la pelle
Pour que mes journées soient plus belles
D’ailleurs tout le monde s’en fout
Ma plus grande erreur au départ
Fut d’avoir quitté mon village
J’avais pris ça pour du courage
J’ai dû me tromper quelque part.

Quand on se prend pour un seigneur
Il faut être armé jusqu’aux dents
Ce qui ne tient pas c’est le cœur
Ce n’est qu’une question de temps.

Regardez bien la gueule que j’ai
C’est le Grand-Guignol en partance
C’est du désespoir en vacances
C’est impossible à corriger
Si j’en rigole c’est tant mieux
S’il est des gens qui me regardent
Pour les planter jusqu’à la garde
Je veux devenir très très vieux.

Quand on est vraiment un seigneur
Qu’on a payé la peau des dents
On peut annoncer la couleur
Et se foutre de l’air du temps.
Regardez bien la gueule que j’ai…

 

 

Poésie, littérature, cantologie.