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Axion Esti

Comme langue on m’a donné le parler grec ;
comme maison un pauvre abri sur les syrtes d’Homère.
Mon unique souci cette langue bâtie sur les syrtes
d’Homère.
Là-bas sont sargues et perches
verbes qui vibrent sous le vent
soulevant leurs verdeurs à travers l’azur
tant que j’ai vu dans mes entrailles s’allumer
éponges et méduses
avec les premiers hymnes des Sirènes
coquilles d’or rose avec leurs premières fièvres noires.
Mon unique souci cette langue avec ses premières fièvres noires.
Là-bas sont, dieux basanés,
cognassiers grenadiers, cognats et gents associés
versant l’huile translucide au fond des gigantesques jarres;
et souffles divins qui montent des ravins fleurant bon
le lentisque et l’osier
les gingembres et les genêts
avec les premiers pépiements de pinsons,
antienne douce avec les tout premiers-premiers
Gloria !
Mon unique souci cette langue avec ses tout premiers-premiers Gloria !
Là-bas sont lauriers et palmes
louanges et encensements
bénissant nos combats et nos vieux fusils trop longs.

Odysseus Elytis, Axion Esti, Préface de Xavier Bordes, Traduction de Xavier Bordes et Robert Longueville, Poésie/Gallimard, 2010, pp. 75/76.

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