Odysseus Elytis par Angélique Ionatos | L’espace de l’Égée

 

 

L’espace de l’Égée

Un homme qui se réveille à l’aube devant un petit port mauve et qui aurait voulu n’avoir jamais appris à lire et écrire — quel miracle ! Il descend au petit rocher détacher la barque. Bientôt, l’une des crêtes de la montagne va rougir. D’un moment à l’autre le Kouros apparaîtra, et derrière lui les lignes des autres îles,  la goélette délestée, une chapelle consacrée au prophète Élie. Puis, tout s’éteindra, et il restera le visage brun et pur, aux grands yeux, du pêcheur au panier, ton voisin d’aujourd’hui, mais aussi l’éternel Apôtre, pêcheur des trésors — et des hommes.

Odysseus Elytis, L’espace de l’Égée, Images d’Etel Adnan, Traduit du grec par Malamati Soufarapis, L’échoppe, 2015, p.25.

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Je considère la poésie comme une source d’innocence emplie de forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces sur un monde que ne peut admettre ma conscience, de telle manière qu’au moyen de métamorphoses successives, je porte ce monde à l’exacte harmonie de mes rêves. Je me réfère à une sorte de magie moderne dont la mécanique nous conduit à la découverte de notre vérité profonde.

Odysseus Elytis, Athènes, 27 mars 1972.

O Erotas
Compositeur, interprète : Angélique Ionatos

Érotas

I

Éros
l’archipel
et la proue de l’écume
et les mouettes de leurs rêves
Hissé sur le plus haut mat
le marin fait flotter un chant
Éros
son chant
et les horizons de ses voyages
et l’écho de sa nostalgie
sur le rocher le plus mouillé la fiancée
attend un bateau
Éros
son bateau
Et la douce nonchalance de son vent d’été
et le grand foc de son espoir
sur la plus légère ondulation une île se berce
le retour.

II

Les eaux joueuses
les traversées ombreuses
disent l’aube avec ses baisers
qui commence
horizon –
Et la sauvage colombe
fait vibrer un son dans sa caverne
bleu éveil dans le puits
du jour
soleil –
Le noroît offre la voile
à la mer
caresses de chevelure
pour ses rêves insouciants
rosée –
Vague dans la lumière
à nouveau donne renaissance aux yeux
Là où la vie cingle vers le large
Vie
vu du lointain –

III

La Mer fait glisser ses baisers sur le sable caressé – Éros
la mouette offre à l’horizon
sa liberté bleue
Viennent les vagues écumantes
questionnant sans trêve l’oreille des coquillages
Qui a pris la jeune fille blonde et bronzée ?
la brise de la mer avec son souffle transparent
fait pencher la voile du rêve
Tout au loin
Éros murmure sa promesse – Mer qui glisse.

Odysseus Elytis, De la mer Egée. Traduction de Gil Pressnitzer sur son site Esprits Nomades, auquel il est renvoyé pour un dossier complet sur le poète.

 

 

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