Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (extraits) | Thomas Vinau

 

 

Pec

 

La pluie rigole sur le dos argenté des immeubles.
De sa fenêtre il observe les chats sur les toits de l’autre côté de la rue.
Dans cette mansarde il se sent comme un apprenti peintre du XIXe siècle.
Un bruit répétitif de métal attire son attention de l’autre côté de la vitre.
Grincements de griffes dans la gouttière. Un chat ravage un nid d’oiseaux.
Il en sauve un. Son petit corps trempé tremble entre ses mains.
Il n’a presque pas de plumes et son bec est gris.

 

*

Du lait et du sel

Lorsqu’il décide d’aller voir la mer du Nord, Pec s’est un peu remplumé.
Il l’a installé dans une boîte à chaussures, le nourrit cinq fois par jour en introduisant dans son gosier un mélange de viande hachée, de pain et de lait. Le reste du temps il dort.
À la gare d’Ostende, un enfant tire sur la main de sa mère, les yeux écarquillés devant le piaf.
Dehors le vent souffle fort. Tout a un goût de sel.

 

*

Dieu, un bus et de la poussière rouge

Avant de partir, Thala lui a laissé l’adresse de la ferme en Andalousie. « Que Dieu protège les hommes comme toi », a-t-il dit. Sur le moment, Walther n’a pas vraiment compris ce que Dieu venait faire dans cette histoire. Un bus doit l’amener à Chaumont. De là il verra comment descendre vers le sud. En prenant son ticket, il sent que Pec a lâché une fiente chaude dans la poche de son blouson. Il s’endort le front contre la vitre. Dans son rêve la terre est rouge comme sur l’île de Gorée.

 

Thomas Vinau, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Roman, Alma Éditeur, Édition numérique, 2011, pp. 18, 19 & 24 / 42.

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