Quand tisonner les mots pour un peu de couleur
ne sera plus ton affaire
quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles
ne feront plus regretter ta jeunesse
quand un nouveau visage tout écorné d’absence
ne fera plus trembler ce que tu croyais solide
quand le froid aura pris congé du froid
et l’oubli dit adieu à l’oubli
quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du houx

ce jour-là
quelqu’un t’attendra au bord du chemin
pour te dire que c’était bien ainsi
que tu devais terminer ton voyage
démuni
tout à fait démuni

alors peut-être …
mais que la neige tombée cette nuit
soit aussi comme un doigt sur ta bouche.

Genève, décembre 1977

Nicolas Bouvier, Le Dehors et le Dedans, Editions Zoé, Genève, 1990, p. 37.

 

 

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