Oiseaux de grêle

Oiseaux de grêle,
oiseaux qui volez libres et puissants,
oiseaux mercuriaux, liturgiques, glacés,
à peine tolérés dans la constellation du Lévrier,
plumage de fumée pétrifiée, bec à la métallique odeur de sang,
sentinelles d’un lac planétaire, oeil de cyclope
sur le front d’un pays perdu parmi les nuages!

Il a quitté les côtes au climat de placenta
pour gravir les plateaux et pour gravir les cimes.
Il s’est élevé au sommet de la planète.

L’atmosphère sans ciel. Les glaciers sans paupières.
Les Andes consumées par le souffle du vent.
Parmi les pics, les crêts, les massifs sculptés par-dedans,
les cavités seules visibles, de l’autre côté de ces masses,
il peut contempler le relief qui est ici vide des formes,
silence, espace dénudé.

Qui va sur cette plaine entre soleil et neige,
entre cet or fugace et tant d’éternité accumulée?

Miguel Angel Asturias, Poèmes indiens, Préface de Claude Couffon, Traduction de Claude Couffon et René L.-F. Durand, Nrf, Poésie/Gallimard, 2003, p 79

 

 

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