2003. Je découvre Marc Copland grâce à PoeticMotion (Sketch, 2001). Michel Butor, à qui je fais écouter sa musique, me parle d’une parenté avec Schumann. C’est exactement cela. 2008. Une idée germe, dont je parle à Philippe Ghielmetti: connaissant le goût de Marc Copland pour la poésie, je lui propose un projet d’improvisations inspirées de textes d’un écrivain français contemporain que je connais, Michel Butor, et qui pourrait l’intéresser. Marc ne connait pas l’œuvre de Michel. Qu’à cela ne tienne, je lui envoie des textes choisis par Michel. A leur lecture, Marc est d’emblée ravi et propose non seulement d’improviser mais de composer des thèmes musicaux inspirés par ces textes. 2009. Et si…et si Michel acceptait à son tour, d’écrire des textes en pensant à Marc ? Je lui propose cette idée. Il l’accepte d’emblée, et écrit pour Marc les textes de ce livret. 2010. Et puis quoi ? Faire un disque ? Oui. Mais comment ? Philippe propose: Michel lisant ses textes et Marc au piano, dans une même pièce, jouent en duo tels deux musiciens de jazz. 2011. Nous nous retrouvons tous un matin chez Gérard de Haro, au Studio La Buissonne. Sans aucune répétition au préalable, la première prise du premier morceau coule de source. Frisson dans la cabine d’enregistrement, jeu subtil et écoute intelligente de l’un et l’autre. Jamais d’interruption, de chevauchement de conversation, de mauvais goût. Michel est autant musicien que Marc, qui lui-même est poète à cet instant. Le disque est terminé à l’heure du déjeuner. 2012. Je n’ai jamais espéré entendre ce que j’ai entendu ce jour-là, et que j’entends encore aujourd’hui. La rencontre de ces deux artistes est une évidence. Merci à Philippe Ghielmetti, Gérard de Haro, Marc Thouvenot, Mathilde Oskeritzian, Marie-Jo Butor, Marc Copland et Michel Butor.

Stéphane Oskéritzian, Livret accompagnant le disque « Le long de la plage ».

*

AIR MARIN

La vague dit à la vague
recouvre-moi je m’assèche
je ne trouve plus mes algues
je ne racle que graviers
encore une autre après toi
je retrouve ma vigueur
et m’enfonce en l’océan
L’épave dit à l’épave
unissons nos abandons
dans tes bols de porcelaine
je verserai mon porto
et l’ivresse des poissons communiquera nos plaintes
aux ermites des récifs

Le rocher dit au rocher
depuis des siècles de siècles
je contemple ton usure
de nouvelles galeries
s’ouvrent dans tes profondeurs
palais pour les crustacés éblouissements de sel
L’écume dit à l’écume
demeure encore un instant
sur la crête ou dans les creux
laissons fleurir nos reflets
puis nous nous dissiperons
comme les serments des hommes et les vapeurs de l’été

La brume dit à la brume
l’horizon s’est effacé
nous régnons dans la distance
approchons-nous des cités pour changer leur pollution
en ruisselets de rosée désaltérant les jardins
L’orage dit à l’orage
dans mes donjons et volcans
j’ai en réserve pour toi
un arsenal de tonnerres
à dérouler sous tes grêles
et des arpèges d’éclairs
pour séduire tes noirceurs
L’haleine dit à l’haleine
laissons-les fermer leurs yeux
la campagne se recueille
les bruits prennent leur tenue du soir
les moteurs s’essoufflent
une seule goutte d’eau
suffit à remplir l’espace

Michel Butor, Livret accompagnant le disque « Le long de la plage« .

Air Marin
Auteur et récitant : Michel Butor
Compositeur et pianiste : Marc Copland

 

 

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