j’entends chanter les femmes par les fenêtres
au commencement

j’entends les pierres dire ce qu’elles ont
sur le cœur
le long des crêtes blanches
j’entends le galop des petits chevaux de Tarquinia
les sabots du cheval primitif de Messel
le battement élémentaire du sang aux tempes
de l’alouette
les ronciers ébahis aux gosiers des loups
de fer gris

 

j’entends chanter les femmes par les fenêtres
au bord du temps
j’entends le premier jour de joie incandescente
d’une langue inconnue
les femmes par les fenêtres appeler vers la lande
déserte
par le filet des voix couler
les siècles dans les poitrines et l’horloge régler
le hasard et l’invisible

 

la femme chante au-dessus des os
sous le soleil
le pays se cache à l’arrière de sa voix comme à l’arrière des brumes
proches             et lointaines
les chevelures sont des lances sur le lac
la folie et la beauté du monde chantent là sur un seuil
au linteau des fenêtres

 

j’entends chanter les femmes aussi nombreuses que les étoiles
et les petits enfants
et les bouches calligraphiques des papillons
dans la vallée

j’aperçois les yeux écarquillés de la vieille montagne
je vois chanter les femmes à travers
les fenêtres

 

Sylvie-E. Saliceti 6 mai 2020

 

 

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