Erri De Luca | Prière du soldat

 

 

J’ai peur du souffle qui monte blanc dans la nuit
et fait de moi une cible,
j’ai peur seigneur : pourquoi cela à moi ?
Pourquoi n’ai-je pas le droit de vivre
et dois-je au contraire demander à genoux ?
Demain ne me suffit pas, moi je veux la durée
m’habituer aux années, aller aux noces de mes fils
et dans cette nuit de blasphème sur leurs tombes aussi.
Je veux avoir sommeil près de ma fiancée
quand elle aura les cheveux blancs.
Pourquoi dois-je te demander à genoux
de vivre, de profiter jusqu’à la lie
de la vie qui me remplit ?
Qui de nous aura droit à cela
ne sera pas le plus juste, ni le meilleur,
ce pourrait être moi aussi, seigneur, tes étoiles
éteins-les avec les nuages
que je reste invisible à la mire
et au hasard des éclats, mais même si tu ne peux
me protéger ou que tu ne veux pas
ne laisse pas mon corps sur les cailloux
et mes yeux ne les donne pas aux corbeaux.
Ne me demande pas compte de mes colères
contre toi, je ne sais pas prier dans les larmes.
Quand il gèle les larmes ne sortent pas,
je pleurerai au printemps.

Erri De Luca, Oeuvre sur l’eau, Poésie/Seghers, 2002, p.79.

 

The Partisan
Léonard Cohen
Auteur : Emmanuel D’Astier de la Vigerie
Traduction : Hy Zaret
Compositeur : Anna Marly
Interprète : Léonard Cohen