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Poèmes 1957-1961

Myriam

Ta sombre chevelure, où l’as-tu prise,
ton nom si doux aux sons d’amande ? Cet éclat
matinal, tu ne le dois pas à la jeunesse,
ton pays est matin depuis mille ans déjà.

Promets-nous Jéricho, réveille le psalmiste,
que de ta main coule la source du Jourdain,
et trouve dans l’instant ta seconde partie,
fais que les meurtriers soient pétrifiés soudain !

Touche les coeurs de marbre et le miracle fasse
que les larmes aussi jaillissent de la pierre.
Sois baptisée d’une eau qui brûle et, jusqu’à l’être
nous à nous-même plus, reste-nous étrangère.

Souvent la neige tombera sur ton moïse.
Sous les patins un chant de glace monte haut.
Mais dors à poings fermés, et la terre est soumise.
De la mer Rouge alors se retirent les eaux.

 

Ingeborg Bachmann, Poèmes, Traduit de l’allemand par François-René Daillie, Actes Sud, 1989, p. 154.

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Pour comparaison, ci-dessous la dernière traduction de ce même poème par Françoise Rétif ; une traduction antérieure ( troisième variation donc) reste visible sur le site Poezibao qui avait, en 2010, publié un beau dossier, substantiel, de Françoise Rétif sur Ingeborg Bachmann. Cette archive montre que quelques années suffisent à faire évoluer de manière conséquente les versions d’une traductrice sur un même texte, appuyant l’idée, si besoin était, de la nature essentiellement vivante de toute traduction — oeuvre autonome en soi. Françoise Rétif est Professeure des Universités, attachée de Coopération Universitaire et Directrice de l’Institut Français de Bonn.

S.-E. S.

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Mirjam

Où as-tu pris ta sombre chevelure,
le nom si doux au son d’amande mûre ?
Ce n’est pas ta jeunesse, cet éclat de levant —
ton pays est Levant, depuis plus de mille ans.

Promets-nous Jéricho, réveille le psautier,
fais de ta main jaillir la source du Jourdain,
et pétrifie les meurtriers surpris soudain
et un instant aussi ta seconde patrie !

Touche chaque poitrine de pierre, accomplis le prodige,
que les larmes enfin submergent aussi la pierre.
Et fais-toi baptiser d’eau brûlante. Reste-nous étrangère
que tant que nous le sommes encore plus à nous-même.

Souvent une neige tombera sur ton berceau.
Sous les patins retentira un son glacé.
Mais quand tu dors profondément, le monde est dompté.
La mer rouge retire enfin ses eaux !

 

Ingeborg Bachmann, Toute personne qui tombe a des ailes, Poèmes 1942-1967, Édition, introduction et traduction de l’allemand ( Autriche) par Françoise Rétif, Édition bilingue Poésie/Gallimard, 2015, p.401.

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* Ingeborg Bachmann

 

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