« Pense à « In Ägypten ». Chaque fois que je le lis, je te vois entrer dans ce poème … »
Lettre du 31 octobre 1957 de Paul Celan à Ingeborg Bachmann

 

 

Pour Ingeborg

Tu diras à l’oeil de l’étrangère : Sois l’eau !
Tu chercheras dans l’oeil de l’étrangère celles que tu sais dans l’eau.
Tu les appelleras pour les faire sortir de l’eau : Ruth ! Noémi ! Myriam !
Tu les orneras, quand tu seras couché auprès de l’étrangère.
Tu diras à Ruth, à Myriam et à Noémi :
Voyez-vous, je dors avec elle !
Tu orneras l’étrangère à tes côtés pour qu’elle soit la plus belle.
Tu l’orneras de la douleur éprouvée pour Ruth, pour Myriam et Noémi.
Tu diras à l’étrangère :
Vois-tu, j’ai dormi avec celles-ci !

Vienne, ce 23 mai 1948.

 

*

 

In Aegypten
Für Ingeborg

Du sollst zum Aug der Fremden sagen: Sei das Wasser!
Du sollst, die du im Wasser weiβt, im Aug der Fremden suchen.
Du sollst sie rufen aus dem Wasser: Ruth! Noemi! Mirjam!
Du sollst sie schmücken, wenn du bei der Fremden liegst.
Du sollst sie schmücken mit dem Wolkenhaar der Fremden.
Du sollst zu Ruth, zu Mirjam und Noemi sagen:
Seht, ich schlaf bei ihr!
Du sollst die Fremde neben dir am schönsten schmücken.
Du sollst sie schmücken mit dem Schmerz um Ruth, um Mirjam und Noemi.
Du sollst zur Fremden sagen:
Sieh, ich sclief beidiesen!

Wien, am 23. Mai 1948.

À celle qui prend la peine d’être la Précise,
22 ans après le jour de sa naissance,
Le péniblement Imprécis

Paul Celan, Le temps du coeur, Traduit de l’allemand par Bertrand Badiou, Librairie du XXIe siècle, Seuil, 2011, p. 23.

 

En Égypte, Lettre du 24 (?) juin (?) 1948 qui comporte ce poème.

 

 

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