Le seuil et le sable | Edmond Jabès

 

 

 

Franchir le seuil.
Ô premier deuil.

Comment s’effectue le passage du silence à l’écrit ? Un tremblement de l’écriture, parfois le révèle ; ce tremblement est provoqué par l’écoute, l’ultime et immémoriale écoute qui fait, quelque part, basculer la langue et la pensée. Mais le miracle est que la langue, loin d’en être entamée, s’en trouve enrichie.

 

 

Ouvre l’eau du puits. Donne
à la soif un moment
de répit ;  à la main
la chance de sauver.

*

Nuit des cils. Être vu.
L’objet luit pour la main.
Le bruit broute le bruit.
L’eau cerne la mémoire.

*

Le terme. L’avant-monde.
Dépassé le souci.
L’aventure est fidèle
au glas du songe en flammes.

*

Je suis. Je fus. Charnière,
longue file de fauves.
Je vois, verrai. Confiance
de l’arbre dans le fruit.

*

Jours de craie. Les ardoises
palpitent de prémices.
Le mot survit au signe.
Le paysage à l’encre.

*

Routes. L’infini.
Le don du visage.
Aux saisons, les rides.
Au sol, les grands fleuves.

 

Edmond Jabès, Le seuil Le sable, Poésies complètes 1943-1988, Poésie/Gallimard, 2009, pp. 11 &21-22.

 

 

 

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