de ta douce terre ou toi/ que dis-tu ?/

par les animaux/les bêtes/et la mort/
une douce terre qui mange tes cendres
pour te laver quand viendra le soleil
et que tu monteras et travailleras comme le soleil/

Juan Gelman

*

 

VERS LE SUD

 

je t’aime/dame/comme le sud/
un matin monte de tes seins/
je touche tes seins et je touche un matin du sud/
un matin comme un double parfum/

du parfum de l’un se lève l’autre/
ou bien tes seins comme double allégresse/
de l’une reviennent les compagnons morts dans le sud/
ils établissent leur dure clarté/

de l’autre ils reviennent au sud/vivants de
l’allégresse qui monte de toi/
le matin que tu donnes comme de douces âmes volant/
faisant âme l’air avec toi/

je t’aime car tu es ma maison et les compagnons
peuvent venir/
ils soutiennent le ciel du sud/
ils ouvrent les bras pour lâcher le sud/
d’un côté leur tombent des furies/de l’autre

grimpent leurs enfants/ils ouvrent la fenêtre
pour qu’entrent les chevaux du monde/
le cheval enflammé de sud/
le cheval du délice de toi/

la tiédeur de toi/femme qui existes
pour que l’amour existe quelque part/
les compagnons brillent aux fenêtres du sud/
de ce sud qui brille comme ton cœur/

tourne comme des astres/ou compagnons/
tu ne fais que monter/
quand tu lèves les mains au ciel
tu lui donnes santé ou lumière comme ton ventre/

ton ventre écrit des lettres au soleil/
sur les murs de l’ombre il écrit/
il écrit pour un homme qui s’arrache les os/
il écrit liberté/

 

Juan Gelman, Vers le sud et autres poèmes, Présenté et traduit de l’espagnol (Argentine) par Jacques Ancet, Postface de Julio Cortázar, Poésie/Gallimard, 2014, pp. 213-214.

 

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