J’suis caillou : une définition de l’interprète | Francesca Solleville


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Pour être absolument sincère, j’avoue en matière de chanson, préférer toujours l’interprétation de l’auteur lui-même. Peu m’importe que sa voix tremblote ou chevrote, qu’il chante entre ses dents ou dans sa barbe ou à toute allure, pour s’en débarrasser par timidité, bref qu’il la dévalue car, de toutes les manières, cela vaut mieux que la trahison, c’est à dire l’interprétation abusive, celle qui, à force de mimiques et de nuances appuyées, tend à usurper la paternité de la chanson.
Des interprètes honnêtes, il en existe, mais parmi les femmes très peu et pourtant, quand une femme chante honnêtement cela est plus beau que n’importe quoi, d’où mon admiration pour Francesca Solleville.

L’interprétation est affaire de jeu, comme la comédie. C’est un certain dosage de goût, d’intelligence, de sensibilité et d’intuition qui crée le style. On peut définir un style en termes de morale surtout lorsqu’il s’agit de chansons et, pour moi, la première vertu de Francesca Solleville est sa profonde honnêteté; elle ne cherche pas à rendre une chanson drôle plus drôle ou une chanson triste plus triste, elle fait son travail d’interprète qui consiste à mettre en valeur, mais elle met en valeur le chant plutôt que la chanson, la mélodie plutôt que les idées, lesquelles se suffisent à elles-mêmes.

On a déjà parlé de sa sincérité je préfère louer sa franchise, par un double sens — pas un sous-entendu, pas une rouerie dans sa voix — elle chante fort, juste, clair, naturel, direct, d’une manière à la fois très juvénile et très professionnelle.

François Truffaut

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« Les jours passent à Antraigues-sur-Volane, et Allain découvre chez Francesca un être délicieux, rieur, généreux, sans âge, universel, naturel, comme la chanson l’est sans doute…

Elle (trés émue) : Quand tu m’as écrit je suis caillou, je suis tombée par terre, parce que je ne t’avais pas dit que je ne voulais absolument pas ressembler à mon père qui était un mauvais sujet … Et je lui ressemblais comme deux gouttes d’eau ! Il me disait tu es comme moi, un caillou, alors avec ta chanson, je me suis réconciliée avec les cailloux, c’est beau un caillou ! Tu me l’as écrite sans savoir et quand tu me l’as ramenée du bistrot chez Gérard Pierron, je suis restée sidérée.

Lui (presque inintelligible) : j’étais très timide…

Elle ( avec passion ) : je ne te remercierai jamais assez, c’est toi qui m’as donné la respiration, je restais dans mon petit bouillon, avec Guillevic, Aragon, des grands poètes, mais je chantais toujours les mêmes … Ah, il faudra me fusiller pour m’empêcher de chanter !

Lui (très bas ) : c’est formidable de te voir comme ça …

Véronique Sauger, Portraits croisés, Francesca Solleville/Allain Leprest, Préface Gérard Pierron, France Musique, 2009, p.101.

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J’suis caillou
Auteur : A. Leprest
Interprète : Francesca Solleville

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Francesca, toute droite, chante. J’allais dire fonce, et son chant devient évidence, comme une part d’elle-même et des autres à laquelle on ne peut échapper.

Jean Ferrat

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Il y a dans la chanson des voix qui n’oublient jamais d’où elles viennent, qu’on ne verra jamais courber l’échine devant la mode et se refaire le nez. Francesca Solleville, c’est une voix prompte à la rébellion, farouche, tout d’une pièce. C’est une voix d’affiche, que veine le vibrato du drame, de l’indignation, des pleurs qui ne tarissent que par la colère. Oh, bien sûr, elle a des mélancolies, des tendresses à grosses mains, des belles bourrades d’amitié, d’amour. Mais elle est surtout une combattante, une fraternelle, une courageuse.

Bertrand Dicale

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