Jorge Luis Borges | L’or des tigres


 

L’OR DES TIGRES

Jusqu’à l’heure du couchant jaune
que de fois j’aurai regardé
le puissant tigre du Bengale
aller et venir sur le chemin prédestiné
derrière les barres de fer
sans soupçonner qu’elles étaient sa prison.
Plus tard viendraient d’autres tigres,
le tigre de feu de Blake ;
Plus tard viendraient d’autres ors,
Zeus qui se fait métal d’amour,
la bague qui toutes les neufs nuits
engendre neufs bagues et celles-ci neuf autres,
et il n’y a pas de fin.
Année après année
je perdis les autres couleurs et leurs beautés,
et maintenant me reste seul,
avec la clarté vague et l’ombre inextricable,
l’or du commencement.
Ô couchants, ô splendeurs du mythe et de l’épique,
ô tigres. Et cet or sans prix,
ô tes cheveux sous mes mains désireuses.

East Lansing, 1972

Jorge Luis Borges, L’or des tigres, Mis en vers français par Ibarra, Poésie/Gallimard, 2005, pp.228/229.

 

 

 

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