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Confessions d’un compositeur

Dans ce havre de paix, j’ai pu enfin me confronter à cette question ; dans quel but écrit-on de la musique ? Heureusement, je n’ai pas eu à y faire face tout seul. Lou Harrison, et alors Merton Brown, un autre compositeur et ami proche, étaient toujours prêts à parler, à s’interroger et à débattre avec moi de tout ce qui concerne la musique. Nous avons commencé par lire les travaux d’Ananda K. Coomaraswamy et avons rencontré Gita Sarabhai, musicienne traditionnelle arrivée d’Inde à point nommé. Son professeur, nous a-t-elle confié, lui avait enseigné que le but de la musique était de concentrer l’esprit. Dans un ouvrage de Thomas Mace, écrit en Angleterre en 1676, Lou Harrison a trouvé un passage expliquant que le but de la musique était de tempérer et d’apaiser l’esprit, alors prêt à recevoir des influences divines et à élever ses sentiments vers la bonté.
Après avoir étudié pendant dix-huit mois la philosophie chrétienne de l’Orient et du Moyen Âge, je me suis lancé dans la lecture des écrits de Jung sur l’intégration de la personnalité. La personnalité est divisée en deux grandes parties : l’esprit conscient et l’inconscient, qui sont, chez la plupart d’entre nous, fragmentés et dispersés dans d’innombrables voies et directions. La fonction de la musique, comme celle de toute autre occupation saine, est d’aider à rassembler ces parties séparées. La musique y parvient en créant un moment où, en faisant perdre la conscience du temps et de l’espace, la multiplicité des éléments qui forment un individu s’intègrent, et il ne fait plus qu’un avec lui-même.

John Cage, Confessions d’un compositeur, Traduit de l’anglais par Élise Patton, Édition bilingue, Édition Allia, 2013, pp 41-42.

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