Joël Vernet | Les jours sont une ombre sur la terre

 

 

Celui qui écrit ne sait pas parler. Celui qui écrit habite le pays des morts, s’entretient avec eux de la vie, de toute la vie que nous ratons, que nous laissons filer entre nos doigts, de tous les mensonges que nous proférons sans cesse comme des éclats de vérité. Celui qui parle est dans le monde, le monde l’occupe tout entier. Celui qui écrit est dans la solitude nichée au coeur du monde, c’est-à-dire dans la mort, cette étrange palpitation. Celui qui est seul — le vrai solitaire dont le visage est une énigme — , n’est jamais seul.

Il marche avec la terre entière dans le sang.

Joël Vernet, Les jours sont une ombre sur la terre, Frontispice de Jean-Gilles Badaire, Collection Entre 4 yeux, Éditions Lettres Vives, 1999, pp. 50/51.

 

 

 

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