Joël Vernet | La nostalgie vénère ce qui n’est pas encore

 

 

 

Un appel. Une vision. Un mouvement fragile, peut-être une voix, certainement une voix très basse, la fulgurance d’un instant, le passage soudain d’un oiseau, un linge au loin dans un jardin abandonné juste le temps d’accueillir la lumière qu’est une ombre, ce que l’on nomme une image, comme si la vie n’était jamais que du papier ou de l’oubli. Je ne sais pour vous, mais j’entends là-dessus, là-dessous, le merveilleux silence du soleil. Depuis l’enfance à nous observer de son beau rire un brin malicieux, nous offrant la pluie, l’orage quand il le souhaite, quand les nuages viennent en rempart contre lui et nous. Nous offrant le souvenir, comme si toutes nos traces devenaient très vite des mouvements du Passé, alors que ce qui nous convoque au plus haut, c’est l’avenir. La nostalgie est belle si elle va de l’avant, si elle nomme l’ancien pour fonder le nouveau, le sans cesse renouvelé. Ce tambour des yeux, du cœur, résonne dans l’espace. Oui, la nostalgie est un pont vers l’avenir. Cette phrase trottine depuis si longtemps dans la forêt des pages d’un carnet à l’abri dans la poche. La nostalgie vénère ce qui n’est pas encore. Elle n’est pas seulement rappel de l’ancienne trace. Nous reprenons les chemins des vieilles bêtes, des habitants des cavernes, car ils nous ont légué des trésors en héritage. Nous aimons les grottes où les ténèbres nous éclairent.

Joël Vernet, Le silence du soleil, Peintures de Jean-Gilles Badaire, Le Réalgar, 2018, pp.11/13.

Ode Melancholia
Dhafer Youssef
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