**

*

Une semaine avant les cerises ou encore plus tôt
les belettes blanches traversent les routes
et le vent soulève la poussière
dorée comme les ostensoirs et les nuits

les nuits sont profondes

les nuits sont profondes comme les gouffres où filent les étoiles
et si le désir te réveille après minuit
n’attends pas jusqu’à l’aube

Tous nous sommes tatoués pour un long voyage
l’un a les talons noircis
un autre un genêt au petit doigt
sur la colline l’arrête-boeuf nous a lacéré les mains

La mort n’est qu’une seule fois et pour toujours
mort le corps n’est qu’une balle
de laquelle on extrait l’âme
comme une graine dure

Pour un moment nous redevenons enfants
dans la basse-cour aux lapins et près de l’échafaud des poules
si près
que le sang nous a éclaboussés

Et demain nous partirons pour le pays d’en face
la glaise nous a tous tatoués les talons
au bord du chemin une hermine blanche s’arrête et se dresse
la mort n’est qu’une fois une seule et pour toujours

une semaine avant les cerises ou encore plus tôt

Jan Skàcel, Millet ancien, Traduit du tchèque par Yves Bergeret et Jiří Pelán, Atelier La Feugraie, Collection L’allure du chemin, 1997, pp 72/73

*

**

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.