Jamel Eddine Bencheikh | L’aveugle au visage de grêle


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L’aveugle au visage de grêle

Il mourut très vieux l’homme qui ne regardait qu’au-dedans de lui-même. Il avait des vêtements de vent et un corps qui changeait de forme dès que les saisons changeaient de parfum. Certains l’entendaient parler ou rire ou chanter sans qu’il ouvrît la bouche; et il n’avait pas alors la voix qu’on lui connaissait. Il semblait à d’autres qu’il se mettait à courir alors qu’il demeurait immobile. Les enfants qui venaient écouter son conte, mettaient leur tête contre sa poitrine, fermaient les yeux et restaient là sans faire un geste. Lorsqu’ils retournaient chez eux, ils avaient un regard étrange et tenaient leurs paumes aux oreilles. Aucun d’eux ne voulut jamais dire ce qu’il avait entendu contre le cœur de l’aveugle au visage de grêle.

Jamel Eddine Bencheikh, L’aveugle au visage de grêle, Éditions Jacques Bremond, Encres de Sarah Wiame, 1999, p 107

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