Jacques Ancet | Chronique d’un égarement

 

 

 

 

JE SUIS PERDU. TOUT va bien. Il fait une journée magnifique. Les champs sont en herbe, le ciel plus près de la terre, mais je suis perdu.
Est-ce l’âge ? Ce sentiment d’être partout à côté. Ou alors ici, mais totalement. Si bien que les choses me submergent.
J’essaie de résister : entretenir la vie, répondre au téléphone, faire bonne figure. Parfois, c’est comme un éclat : j’y suis vraiment, je ris, les autres se rapprochent.

*

Les collines s’obscurcissent sur un ciel qui fuit on ne sait où. Laisser les ombres gagner la voix. J’écoute. Des mots nets comme mes mains dans la lumière de la lampe. Comment comprendre ? Ça parle et c’est silencieux. Comme une eau qui coule. Ça se tait mais ça parle quand même. J’attends. Cris furtifs, grondements. Je suis complètement perdu dans la clarté d’une évidence qui, soudain, a pris ma voix.

Jacques Ancet, Chronique d’un égarement, Éditions Lettres Vives, Collection 4 yeux, 2011, pp. 9 & 82.

 

 

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