Graindelavoix


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Le grain de la voix n’en est pas – ou n’est pas seulement – son timbre ; la signifiance qu’il ouvre ne peut précisément mieux se définir que par la friction même de la musique et d’autre chose qui est la langue (et pas du tout le message). Il faut que le chant parle, ou mieux encore écrive, car ce qui est produit au niveau du géno-chant est finalement de l’écriture. Cette écriture chantée de la langue, c’est, à mon sens, ce que la mélodie française a essayé quelques fois d’accomplir.
(…)

Le « grain », c’est le corps dans la voix qui chante, dans la main qui écrit, dans le membre qui exécute. Si je perçois le « grain » d’une musique et si j’attribue à ce « grain » une valeur théorique (c’est l’assomption du texte dans l’œuvre), je ne puis que me refaire une nouvelle table d’évaluation, individuelle sans doute, puisque je suis décidé à écouter mon rapport au corps de celui ou de celle qui chante ou qui joue et que ce rapport est érotique (…).

Roland Barthes, L’Obvie et l’Obtus, Essais critiques 3, Éditions du Seuil, II Le corps de la musique, Le grain de la voix, 1982.

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Simeron ghennate ek Parthenou
Graindelavoix

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Björn Schmelzer est, comme Théodore Monod, chercheur d’absolu, chercheur de vérité, dans l’absolu. Depuis plus de dix ans, il encourage une forme de révolution dadaïste hors norme. La force de ses propositions vient pour beaucoup de la sculpture d’une matière sonore aux reliefs et aux volumes de cathédrales célestes. Cette expérience nouvelle de l’audition remet en cause la représentation même du gothique musical tel qu’elle a été façonnée depuis une cinquantaine d’années.
Homme de traditions, il aime les bousculer car il n’a pas oublié que dans tradition, il y a transmission et réception de quelque chose d’immatériel qui est à chaque fois renouvelé dans la vie même du don et de l’échange, ensemble.

Les chanteurs qui composent Graindelavoix composent, au sens le plus subjectif, avec leur histoire, ce qu’ils ou elles sont, leur culture et leur… grain de la voix. La formule empruntée à Roland Barthes et condensée en un seul mot redit bien l’importance de ce signifiant intangible (le « grain de la voix ») qui établit un point de contact entre la musique et la langue. Le grain est ainsi « le corps dans la voix qui chante, dans la main qui écrit, dans le membre qui exécute ».

Sous des liens qui nous reconnectent à une mémoire perdue à l’aide d’outils (conceptuels, esthétiques, sociaux) en résonance avec notre monde présent, la « musica reservata » n’est plus réservée à un monde spécialisé. Björn Schmelzer réconcilie d’une manière inouïe le plaisir de la musique à la pensée en mouvement. C’est aussi ce qu’offre l’écrin de l’abbaye de Royaumont.

Edouard Fouré Caul-Futy

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