frédéric jacques temple

 

Son nom : Zea Mays, Linn. C’est une graminée qui nous vient des Amériques. Si Christophe Colomb ne trouva pas l’or des Indes, il rapporta de son aventure ce maïs qui excita la curiosité de ses compagnons ; et c’est précisément à titre de curiosité qu’il ramena quelques épis aux Rois Catholiques. Grâce au journal du navigateur nous connaissons la naissance en Europe de cette plante : le 5 novembre 1492, deux hommes du Découvreur, partis explorer l’intérieur de Cuba, signalèrent à leur retour que les indigènes mangeaient « une sorte de graine qu’ils appellent maïs, qui était bien goûtée, cuite au four, séchée et réduite en farine ». Le nom de maïs, qui a persisté en dépit de multiples tentatives de donner à la plante une autre origine qu’américaine, est la transcription du Ma-hiz Arawak. Mais pour autant que l’on possède un nom, son origine doit en être assurée. Or celle du maïs demeure mystérieuse. Il était déjà cultivé par les hordes préhistoriques, par les antiques Anasazi (vieilles pierres, en navaho), et si le mot zuñi towa signifie maïs, il se traduit aussi par ancien, ce qui est à souligner. Nous savons par les Aztèques qu’aux temps lointains du plus ancien âge du monde, le soleil explosa, déversant sur la terre une pluie bienfaisante de petits grêlons d’or. Ainsi naquit le maïs, fils du soleil.

Lorsque les Espagnols arrivèrent chez les Peaux-Rouges, il était domestiqué depuis longtemps. Claude Levi-Strauss avance que le maïs était déjà cultivé 3.000 ans avant notre ère, ce qui est probable. Il n’a pas changé : c’est le même qui intrigua les marins de Colomb. Du Canada au Chili, toutes les tribus cultivaient la plante que nous connaissons. De leur côté, les Indiens Zuñis, l’un des groupes pueblos, ont de la création du maïs une tradition différente de celle des Aztèques, mais, au fond, parallèle. « Lorsque les Ashiwis vivaient, au début des temps, dans les mondes souterrains, il y avait là, avec eux, un groupe de jeunes filles d’une grande beauté : les Vierges du Maïs. Elles sortirent de la terre en même temps que les Ashiwis, mais ceux-ci ne les virent pas. C’est seulement quatre ans après la venue des hommes à la lumière que deux sorciers les découvrirent. Ils leur demandèrent : « Qui êtes-vous ? » — Elles répondirent : « Nous sommes les Vierges du Maïs. » — « Où sont vos épis ? » interrogèrent les sorciers. Elles avouèrent qu’elles n’en avaient pas. « Si vous êtes les Vierges du Maïs vous devez avoir du maïs » répliquèrent les sorciers. Et ils donnèrent à chacune des jeunes filles des épis de maïs. Ces épis étaient de six couleurs différentes, quant à leurs grains, conformément à la division rituelle des couleurs selon les six régions. Il y en avait de jaunes, de bleus, de rouges, de blancs, de multicolores et des noirs. C’est d’ailleurs un fait que, dans le Nouveau-Mexique, on trouve des épis de maïs de ces six variétés. Quand elles eurent reçu leur épis les vierges dansèrent. Depuis les Vierges du Maïs sont invoquées par les Zuñis pour s’assurer une bonne récolte. Si celle-ci est mauvaise, c’est que les jeunes filles sacrées ont été mécontentées ou qu’elles ont fui, pour une raison quelconque.

La façon dont les Indiens Abenakis apprirent à cultiver le maïs est plus simple : la déesse du Maïs ayant rencontré un Indien épuisé qui avait en vain creusé le sol pour trouver une racine, prise de pitié le traîna par les cheveux et lui enseigna ensuite comment brûler le sol et y faire pousser les grains. Les Iroquois, eux, croyaient que la fille de la Terre-Mère, Onatha, prisonnière sous terre, avait été délivrée par le soleil : Onatha était la plante du maïs.

Frédéric Jacques Temple, Célébration du Maïs, Robert Morel éditeur, Édition numérique, 2019.

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